Israël : "N'achetez pas vos livres dans des cimetières"

Clément Solym - 31.05.2012

Edition - Economie - Israel - prix du livre - mobilisation des auteurs


La réglementation du prix du livre en Israël, pour assurer la protection des librairies, devient essentielle. Ils sont plus de 270 écrivains, traducteurs, écrivains et professionnels à avoir adressé une lettre au ministre des Sports d'Israël, LImor Livnat, pour qu'elle prenne en charge le plus rapidement possible, ce dossier. 

 

C'est que, en février 2011, Antoine Gallimard était venu prêcher dans le désert, à l'occasion d'une prise de parole à la Foire internationale du livre de Jérusalem, où sa maison d'édition était invitée d'honneur. « La loi Lang votée il y a trente ans a permis de sécuriser durablement notre secteur. Toute la chaîne du livre en a bénéficié », avait-il assuré. Et de rassurer par là même les éditeurs présents. Le pays examine en effet une législation similaire, et les éditeurs y sont largement favorables : « La loi sur le prix unique n'a pas bridé l'innovation commerciale. » (voir notre actualitté)

 

Plus d'une année après, donc, les auteurs, s'emparent du sujet, pour presser le gouvernement, alors que la ministre des Sports s'apprête à déposer un projet de loi, qui empêcherait les détaillants d'effectuer des remises sur le prix des livres, au cours des 18 premiers mois de leur publication. Dans ce contexte, l'auteur perçoit 8 % des ventes sur les 6000 premiers exemplaires, et 10 % pour les suivants. Ces perceptions de droit sont donc originalement négociées entre auteurs et libraires. 

 

Cependant, les revendeurs seraient autorisés durant la Semaine du livre hébraïque, avant les vacances. 

 

Steimatzky Bookstore

 

 

Le projet est en discussion depuis 2009, et serait donc maintenant proche de sa conclusion, et pourrait participer à la fin du conflit qui oppose les deux grandes chaînes de librairies israéliennes, Steimatzky et Tzomet Sfarim. La première est en situation de quasi-monopole, fondée en 1925, et a maintenu des prix élevés jusqu'en 2002. Dans le même temps, le concurrent a commencé à réaliser une série d'acquisitions de librairies concurrentes, et de multiples fusions, qui l'ont positionné en frontal. Et dès lors, les deux chaînes se livrent une guerre des prix, qui nuit forcément à l'industrie, globalement, avec des exclusivités négociées, des boycotts et autres petites affaires antitrust que l'on connaît bien. 

 

Les auteurs soulignent que le comportement de ces deux chaînes a évidemment impacté leurs revenus, et ils exigent que ces pratiques cessent, attendu qu'elles participent d'une humiliation des écrivains et créateurs. 

 

Les intéressés semblent ne pas prendre conscience d'ailleurs de ces problèmes. À Haaretz, le P.D.G. de Tzomet, Avi Shumer précise : « Nous respectons tous les auteurs qui préfèrent ne pas vendre leurs livres durant les soldes. » Et le son de cloche est tout aussi étrange chez Steimatzky, où Iris Barel, souligne que le livre ne doit pas coûter cher. « Mais nous devons nous préoccuper de la manière dont les auteurs gagnent leur vie. Un État sans littérature originale est malade. »

 

Il faut noter également que les deux chaînes appartiennent à des groupes d'édition, qui possèdent leurs propres maisons d'édition. Si le procédé se retrouve en France avec certains acteurs, il n'en pose pas moins la question de la concurrence et de préférences ouvertement affichées. 

 

En parallèle, notons que l'auteur Alex Epstein a publié un Appel aux gens du livre, dans lequel il demande que les gens qui souhaitent acheter des livres se précipitent plutôt dans des librairies indépendantes, parce que « Tzomet et Steimatzky n'aiment quel'argent. N'achetez pas dans ces chaînes qui traitent leurs employés comme esclaves. N'achetez pas dans ces chaînes qui n'affichent que mépris pour les oeuvres de philosophie, que haine pour les oeuvres de la critique et qui voudraient vous faire oublier les classiques. N'achetez pas de livres dans ces cimetières. »,