Israël : un éditeur publie 45 textes de femmes, sans leur accord

Clément Solym - 18.09.2018

Edition - International - Israël Resling Books - publication auteures contrefaçon - autorisation traduire oeuvres


Étrange manière, de la part d’un éditeur, que de faire paraître un livre d’essais, écrits par des dizaines de femmes, sans leur autorisation. Resling Books ne s’est pourtant pas privé en publiant Huriya – transcription phonétique pour liberté, en arabe. 


Daily image #6 - Tel Aviv
droit d'auteur, vestiges - chany crystal, CC BY ND 2.0

 

 

Elles sont 45, femmes issues d’une vingtaine de pays majoritairement arabophones. Leurs textes parlent de la liberté, en s’inscrivant notamment dans la suite des révolutions du printemps arabe. Ce dernier aura provoqué une vague littéraire, presque un mouvement spécifique. Et ces auteures avaient ainsi écrit, racontant, témoignant. 

 

Resling Books, en Israël, est une maison très appréciée pour son catalogue aux engagements politiques et pour des essais prisés. Lancé dans une nouvelle collection baptisée Vashti, l’ouvrage avait même bénéficié d’un lancement spécifique en mai dernier, dans une librairie de Tel-Aviv. 

 

Or, c’est durant l’événement que le Dr Alon Fragman, coordinateur en études de langue arabe de l’université Ben Gurion du Néguev a commis l’irréparable. Il a en effet, devant témoins, affirmé qu’il n’avait pas les autorisations des auteures pour la traduction et la publication des textes. 

 

L’éditeur, Idan Zivoni, a bien tenté dans une réponse d’expliquer qu’il avait perdu de l’argent sur cette publication, arguant qu’en tant qu’éditeur, jamais il ne publie d’œuvres sans achat de droits. « C’est différent dans les pays arabes où il n’y a pas d’éditeurs. Certains de ces territoires n’ont aucun lien avec nous, aussi n’y a-t-il personne à contacter. »

 

Sauf que le droit d’auteur existe tout de même. Continuant jusqu’à justifier son geste par une volonté militante de donner à ces femmes une voix et une place... Chose qui ne passe pas. 

 

Khulud Khamis, basée à Haïfa, était invitée à la soirée de lancement. L’auteure israélienne avait pressenti que cet ouvrage était louche – « je soupçonnais que les auteurs n’avaient pas été invités à autoriser la traduction et la publication de leurs œuvres ». Doutes confirmés. Et alors, elle a lancé un appel à la mobilisation depuis les réseaux sociaux pour que les auteures soient finalement alertées. 

 

Elle ajoute : « Ces écrivains ne s’expriment pas dans leur cuisine ni dans les champs, et n’attendent certainement pas qu’un sauveur blanc les préserve. Ce sont toutes des femmes fortes, militantes, défenseuses des droits humains, dont beaucoup ont des diplômes universitaires, dans de multiples domaines. »

 

En outre, leurs créations ont été reconnues au niveau international. Ce livre ne serait donc qu’un pur produit de contrefaçon, bafouant les droits des auteures. 

 

Depuis, l’ouvrage a été retiré, mais on ignore encore quels recours pourront être actionnés pour aboutir à une compensation... C’est en effet parce qu’Israël n’a aucune relation avec nombre d’éditeurs – qui pourtant existent bien – dans le monde arabe, que la justice sera difficile à saisir.

 

Et le droit à faire respecter.

 


via Hyperallergic




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