Bien avant la parution du nouveau livre d’instruction civique en Israël, le contenu de l’ouvrage créait la polémique. La controverse est montée d’un cran depuis qu’il a été publié, ce lundi. Intitulé Être citoyen en Israël, État juif et démocratique, cet ouvrage de 500 pages doit figurer à la rentrée prochaine au programme des lycées. Mais voilà, ce livre qui tentait de plaire à tout le monde, ne plaît à — presque — personne. 

 

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( Zachi Evenor / CC BY 2.0)

 

 

D’un côté, les militants sociaux pointent du doigt le fait que le manuel ne mette pas en évidence le fossé qui existe entre les juifs ashkénazes et les séfarades, parallèlement les universitaires se plaignent que le côté judaïque de l’État monopolise trop l’attention, tandis que d’un autre côté, les séculiers se plaignent que le livre met trop l’accent sur la tradition. (via Jewish Journal)

 

Selon eux, Être citoyen en Israël, État juif et démocratique, décrit ouvertement Israël comme un « État des juifs », encourage le nationalisme ethnoculturel de la nation comme entièrement approprié. En d’autres termes, ceux qui critiquent le livre estiment que l’ouvrage ne traite pas de manière adéquate la citoyenneté partagée dans un État juif et démocratique, en minimisant des problèmes pourtant charniers dans le pays actuellement.

 

Pour couper court aux diverses polémiques liées à ce livre, Gideon Sa’ar, qui a commencé la révision du manuel lorsqu’il était encore ministre de l’Éducation, et l’actuel ministre à ce poste, Naftali Bennett, étaient fondamentalement d’accord sur le droit de subordonner le système éducatif de l’État à un programme partisan. Le projet du manuel est passé par un certain nombre de révisions au cours des derniers mois, notamment en raison du débat public qui se pose à ce sujet. 

 

C’est d’ailleurs le Dr Zvi Zameret, haut responsable pédagogique qui a lancé le projet de révision du texte il y a six ans. Certes, le texte a été revisité, mais certaines zones d’ombre subsistent. 

 

Une révision du livre, mais toujours des zones d'ombre

 

À titre d’exemple, les émeutes de Wadi Salib en 1959, et les manifestations des Black Panthers des années 1970 sont présentées comme des violences stimulées par « un sentiment de discrimination ethnique ». La politique d’action positive pour les Arabes dans le secteur public est mentionnée, sans que les échecs répétés du gouvernement pour atteindre cet objectif — objectifs qu’il s’était lui-même fixés — ne soient évoqués.

 

Et dernièrement, bien qu’il y ait un graphique détaillant les différents taux d’investissement dans l’éducation pour les écoles juives et arabes du pays, le livre ne mentionne pas le rôle joué par le ministère dans le financement de la discrimination contre les élèves arabes, au détriment de la priorité donnée au flux religieux de l’État. (via Haaretz)

 

D’après l’éditorialiste du journal de gauche Haaretz, « ce livre reflète la manière dont la droite israélienne et les sionistes religieux voient l’État d’Israël ». Avant même la publication du livre, Zehava Galon, chef du parti de gauche Meretz estimait que « le nouveau livre efface l’identité démocratique de l’État et la subjugue entièrement à l’identité juive ». (via RFI)

 

Écrit par le Dr Assaf Malach, qui se trouve à la tête du comité professionnel sur l’éducation civique, Être citoyen en Israël, État juif et démocratique est le premier manuel scolaire d’éducation civique publié depuis que le ministère de l’Éducation est sous la responsabilité du ministre de la droite nationaliste religieuse Naftali Bennett. La dernière version de cet ouvrage datait de l’an 2000, et avait été révisée en 2011.

 

« Le programme d’enseignement d’éducation civique a pendant des dizaines d’années traité l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique : les valeurs, les principes, les droits de l’Homme et le gouvernement de l’État d’Israël, déclarait le ministère de l’Éducation nationale dans un communiqué en décembre dernier. Cette politique est conservée même après la mise à jour du programme d’études. » 

 

Il y a deux jours, le superviseur de l’Instruction civique des études au ministère de l’Éducation écrivait dans un communiqué :  

 

Il est difficile d’écrire un livre d’éducation civique en Israël. La société israélienne est animée, traite des questions fondamentales complexes, dont la plupart ne sont pas encore résolues. Des études d’éducation civique, de par leur nature, traitent de sujets complexes, d’une part significatifs, et d’autre part controversés. Et nous devons toucher, comprendre et ne pas avoir peur de faire face aux diverses controverses, mais aussi savoir comment vivre avec elles, et ne pas toujours se laisser atteindre par celles-ci. 

 

 

Soit, mais il subsiste que les minorités religieuses d'Israël sont largement sous-représentées dans l'ouvrage, comme le soulignent les gauchistes, qui désapprouvent la trop faible attention portée aux Israéliens arabes.

 

Les minorités religieuses se sentent marginalisées

 

En effet, la minorité musulmane d’Israël, qui représente pourtant 83 % des minorités religieuses d'Israël, n’est citée qu’en deux phrases dans le livre entier, au cours du chapitre neuf, intitulé « Les Arabes, Druze [population du Proche-Orient professant une religion musulmane hétérodoxe, qui est une branche de l’Ismaélisme, NdR] et Circassiens dans la société israélienne ». L’une d’entre elles les accuse d’être un « peuple qui opprime les femmes » et l’autre souligne que « la plupart des Druzes ne s’identifient pas comme des Arabes ». 

 

Aussi, le livre semble minimiser l’importance de la langue arabe dans le pays (qui fait pourtant partie des langues officielles du pays, avec l’hébreu). Pour ce faire, un passage du livre souligne que certains bureaux gouvernementaux ne fournissent pas de services en arabe.

 

Les accusations portées à l’encontre des musulmans constituent d’ailleurs l’une des rares références faites aux femmes dans l’ensemble du livre, qui ne mentionne à aucun moment les débats en cours au sein de la société israélienne à propos de la situation de la femme dans les communautés ultra-orthodoxes, ou la controverse persistante sur les cas de plus en plus fréquents d’exclusion des femmes dans les lieux publics, conformément aux exigences des rabbins. (via Haaretz)

 

Pourtant, les autorités ont insisté sur le fait que plusieurs éditeurs arabes ont examiné et approuvé son contenu, mais pas un seul Arabe n’a été mentionné dans les crédits du livre. 

 

La communauté laïque d’Israël est elle aussi très minoritairement représentée, surtout en comparaison avec la communauté ultra-orthodoxe qui ne représente que 9 % de la population et des sionistes religieux qui représentent quant à eux 11 % de la population, qui sont beaucoup évoqués dans l'ouvrage. (via Mint Press News)

 

Interrogé par le quotidien de droite Maariv, un professeur de l’université de Haïfa (Israël) a indiqué qu’« il y a un sentiment anti-arabevoire raciste, qui émane du livre ». 

 

Aux côtés des communautés laïques et arabes, la communauté LGBT s’estime marginalisée dans le manuel. Selon eux, les actes de violence commis à l’encontre de personnes homosexuelles ne sont mentionnés qu’une seule fois. Ce dernier évoque l’assassinat de la lycéenne Shira Banki, mortellement poignardée lors d’un défilé de la Gay Pride organisé à Jérusalem par un extrémiste orthodoxe. Ce jour-là, l’homme a également poignardé cinq autres personnes. Cependant, l’incident est classé dans le manuel comme un exemple d’« attaque motivée par la religion ».