Israël : un poème du Palestinien Mahmoud Darwich agace la ministre de la Culture

Nicolas Gary - 26.09.2016

Edition - International - Israël ministre Culture - poème Miri Regev - Mahmoud Darwich poème


Miri Regev, ministre de la Culture israélienne, a déclenché une vive polémique en quittant une soirée de remises de prix pour l’industrie du cinéma. La ministre s’est manifestement sentie offensée lors de la lecture d’un poème, écrit par un auteur palestinien...

 

Miri Regev ministre culture israel

Miri Regev

 

 

Lors de la remise du prix Ophir, considéré comme les Oscars israéliens, jeudi dernier, la ministre de la Culture s’est tristement illustrée. L’acteur israélien Yossi Tzaberi, Tamer Nafar, Palestinien de citoyenneté israélienne et le chanteur du groupe de rap Dam l’ont manifestement mise très mal à l’aise. Pour la présentation du livre Junction 48, les trois hommes se sont servis d’un poète de Mahmoud Darwish, figure poétique par excellence dans le monde palestinien.

 

Si la ministre Miri Regev entretient des relations complexes, voire tendues, avec le monde de la Culture depuis son arrivée en 2015, sa nouvelle sortie n’a pas manqué d’alimenter une vive polémique. 

 

Au moment où le poème a été récité, elle s’est levée et a tout simplement quitté la salle. Et sa prise de parole, à son retour, n’a pas vraiment calmé l’ambiance. Selon elle, Darwich est « le chef de file de l’industrie palestinienne du mensonge », ajoutant que « dans ses poèmes, il prêche l’opposition à l’existence d’un État juif ». C’est sous les huées que la Miri Regev a tenté de faire valoir son avis – entraînant le départ de plusieurs personnes dans la salle.

 

 

 

« À quoi en sommes-nous arrivés ? Lors d’une cérémonie de remise de prix officielle, entendre le poème d’un poète qui appelle à la destruction de l’État d’Israël ? Il ne s’agit pas de gauche ou de droite, il s’agit de préserver notre existence ici », a-t-elle ajouté. Et de poursuivre en soulignant qu’une plus grande attention était nécessaire pour savoir qui bénéficiait de l’argent public dans l’industrie du cinéma israélien. 

 

Le problème est qu’elle ne s’est pas arrêtée à ces considérations un peu tendues. Elle a ajouté que les personnes qui s’étaient levées alors que le poème a été lu rendaient hommage, comme une sorte de « salut nazi ». Un abus immédiatement raillé, critiqué et passé à la moulinette sur les réseaux sociaux.

 

À son tour, la ministre s’est par la suite justifiée sur les réseaux, soulignant : « J’ai beaucoup de respect et de tolérance pour autrui, mais je n’en ai pas une once pour Darwich et ceux qui cherchent à détruire mon peuple et mon pays. Je ne serai pas le public de sa poésie. »

 

Elle a tout de même reçu le soutien de Benjamin Netanyahu, qui, alors qu’il se trouvait à New York ce 20 septembre, a assuré qu’il aurait agi exactement comme sa ministre. 

 

Des précédents toujours aussi fleuris...

 

Décédé en août 2008, Mahmoud Darwich a été plusieurs fois dénoncé par des autorités politiques israéliennes. En juillet dernier, le ministre israélien de la Défense avait fait une sortie tout aussi colérique, après que la radio de l’armée a diffusé une émission traitant des écrits du poète. Avigdor Lieberman, à l’origine de la polémique, dirigeait le parti ultra-nationaliste Israël Beitenou, avant de prendre le ministère de la Défense en mai dernier. Selon lui, lire les poèmes de Darwich revenait à considérer Mein Kampf comme un trésor littéraire...

 

Mahmoud Darwich fut un auteur engagé pour une paix juste entre Israël et la Palestine. Il a été plusieurs fois assigné à résidence puis s’est vu contraint à l’exil pour ses poèmes jugés trop subversifs. Pourtant, un mois avant sa mort, lors du festival des musiques du monde d’Arles, il exprimait le souhait d’être lu « comme un poète » et non « pas comme une cause », avouant sa préférence pour les thèmes de l’amour, de la mort ou encore de la vie à ceux plus politiques et engagés de la première partie de son oeuvre.