Italie : à l'ère du coronavirus, La peste de Camus devient un best-seller

Nicolas Gary - 28.02.2020

Edition - International - coronavirus maladie - Peste Albert Camus - coronavirus roman


Avec 38 cas identifiés et confirmés en France et une inquiétude galopante, le coronavirus est devenu l’objet de toutes les attentions. Pas une heure sans une nouvelle information. De nouveaux pays voient apparaître la maladie — 50 aujourd’hui recensés —, et l’OMS enjoint les autorités à réagir rapidement. Et pendant ce temps, chez les lecteurs…


 

En Italie, où l’apparition est assez récente, les lecteurs vivent manifestement un moment particulier — à l’image de l’engouement pour le roman d’Hemingway, Paris est une fête, au lendemain des attentats de Paris, le 13 novembre 2015. 

C’est vers La peste d’Albert Camus et L’aveuglement du Portugais José Saramago (trad. Geneviève Leibrich, au Seuil pour la version française) que se tournent les Italiens. Paru en 1995 en Italie, le livre comptait parmi les 10 meilleures ventes de livres, et en 5e position chez Amazon.it. Il afficherait d’ailleurs une hausse de 180 % de ses ventes.

De même pour Camus, qui s’envole de la 71e à la 3e place sur Ibs.it, le libraire en ligne, avec des ventes qui auraient triplé. Une fascination qui reflète l’actualité évidemment, pour des ouvrages très proches dans leurs thématiques. Celui de Saramago évoque une épidémie foudroyante de cécité, avec mise en quarantaine et aucun remède — au point que le pays, en quelques mois, est totalement aveuglé. 

Camus, quelque 48 ans plus tôt, plaçait son ouvrage à Oran, en pleine Algérie française, où la peste décime les habitants, coupés du monde extérieur. Au milieu, le Dr Rieux tente de lutter pour sauver les malades et défendre la dignité humaine. 
 

Defoe, et Londres...


Un universitaire, le professeur Ugo Volli, éminent sémiologue et critique de théâtre, à la faculté de Turin, évoque également l’épidémie de Londres, racontée par Daniel Defoe, aux côtés de Camus. Non plus dans les meilleures ventes, mais parce que ces livres « activent une mémoire culturelle, qui nous parle de catastrophes, dans des proportions mondiales ».

Avec Journal de l’Année de la Peste, paru en 1982 chez Gallimard (trad. Francis Ledoux), le romancier évoquait la peste de 1665, qui avait sévi dans la capitale britannique pour la quatrième fois au cours du même siècle. Et quand en 1720, elle surgit à Marseille, Defoe s’empare du sujet pour revenir sur les 70.000 morts, partis en une année…
 

Des sources d’inspiration


Depuis quelques jours, surgissent également ces ouvrages dont on estime qu’ils avaient anticipé, voire prédit, l’apparition du coronavirus. The Eyes of Darkness de Dean Koontz, familier du genre, fut rapidement cité. Mais son virus, le Wuhan-400 est une arme bactériologique conçue par l’homme, avec une capacité létale bien supérieure – et dans sa première édition, son origine n’était pas chinoise, mais… russe.
 


Puis, a été évoqué le roman de Deon Meyer, L’année du lion (trad. Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert). Mais là encore, père et fils, dans l’ouvrage fuient une fièvre qui tire ses origines… de l’Afrique. 

Mais du côté de l’Italie, on en vient même, sur Twitter, à se donner des conseils de lectures, avec rapidement Le Fléau de Stephen King qui revient, où une pandémie de grippe s’abat sur la planète, séparant les survivants en deux groupes aux intentions farouchement opposées : exterminer et survivre, ou l’affrontement du bien et du mal… 

Et encore Camus qui revient, avec cette citation : « Solo nel momento della sventura ci si abitua alla verità, cioè al silenzio ». (« C’est au moment du malheur qu’on s’habitue à la vérité, c’est-à-dire au silence », en VF) Un extrait de La peste, évidemment. 

via Il Corriere, La Repubblica, Le Parisien


Commentaires
Ils ont des chefs d'oeuvre littéraires en Italie sur les épidémies : Boccace (le Décaméron) et Manzoni (les Fiancés), étrange de se tourner vers Camus
La pandémie fait peur par ses progrès foudroyants d'un continent à l'autre. La relecture massive des classiques qui en parlent serait-elle, pour certains, une manière de la conjurer, se documenter, se faire peur davantage?

Bizarre, bizarre. Et si c'était, pour d'autres, un bon truc pour augmenter les ventes? Va-t'en savoir, dans ce monde si tordu.
Je l’évoquais hier dans un billet ( patrickpike.fr/l’écho ). La peste n’est pas due à un virus mais à un bacille qu’un banal antibiotique traite sans difficulté.

On le savait déjà en 1947 date de parution du bouquin de Camus. S’il en avait tenu compte, il n’aurait pas dépassé la première partie de son roman, ce qui nous aurait privé d’un chef-d’œuvre. Comme quoi on peut écrire à partir de n’importe quelle erreur scientifique sans que quiconque s’en offusque.
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