Italie : l'éditeur Mondadori devra vendre Bompiani et Marsilio

Nicolas Gary - 26.02.2016

Edition - Economie - Mondadori RCS Libri - vente Italie antitrust - livres lecture Bompiani


En début de semaine, la presse italienne faisait état de premières rumeurs : examinant le rachat de RCS Libri par Mondadori, l’antitrust aurait dans l’idée que l’acheteur ait à se séparer de certaines maisons d’édition. On évoquait alors Bompiani et Marsilio, qui ne rejoindraient pas Mondadori pour éviter que ce groupe dispose de 35 % de parts de marché. L’information se confirme : il y aura bien des ventes.


Ernesto Mauri (crédit groupe Mondadori)


 

L’antitrust vient en effet d’imposer à Mondadori de revendre Bompiani et Marsilio, si la fusion avec RCS Libri était concrétisée. Certes, Mondadori resterait le patron de l’édition en Italie, mais avec cette fois 32,5 % de parts de marché. Et la question se pose désormais de savoir qui serait l’acheteur de ces maisons. 

 

Elisabetta Sgarbi, ancienne patronne de Bompiani, avait quitté le bateau, pour fonder La Nave di Teseo avec Umberto Eco, n’avait pas caché son intérêt pour Bompiani. Cela représenterait un retour à une unité globale, réunissant les catalogues de la nouvelle structure et de celle dont elle découlait. L’autre groupe intéressé serait Mauri Spagnol. 

L'Antitrust, à la recherche d'équilibres

 

Bompiani, en soi, représente un chiffre d’affaires de 15 millions €, et serait estimé entre 10 et 12 millions € – avec l’intégralité du catalogue des ouvrages d’Umberto Eco, tout de même. 

 

Dans tous les cas, Mondadori sera obligé d’accepter la décision de l’Autorité, et de revendre les maisons concernées. Une décision certainement prise à contrecœur, mais impérative pour opérer le rachat de RCS Libri, d’une valeur de 127,5 millions €. 

 

Ernesto Mauri, PDG de Mondadori a confirmé que sa société avait déjà été sollicitée : « Bompiani est une très belle marque, et tout le monde m’a appelé parce qu’ils la souhaitent. » Il a également confirmé la décision de l’antitrust, mais ne semble pas trop s’en émouvoir : « Mondadori n’aura pas de problèmes pour les vendre », assure-t-il.

 

Pour ce qui est de la vente de Marsilio, maison vénitienne, c’est Cesare De Michelis qui sera concerné en premier lieu dans les choix et décision à prendre. Mais cette maison représente un moindre enjeu en termes de marque. Ce dernier détient en effet 45 % de la structure, tandis que RCS Libri en possédait un peu plus de 50 %. Le reste de la société appartient à la Fondazione Venezia. 

Marsilio est né en 1961, créé par un groupe d’amis, sortis de l’université, se souvient De Michelis. Devenue Société Anonyme, la structure a été rachetée par RCS Libri voilà 15 ans, pour moitié. Il est probable qu’il tente alors de reprendre son indépendance. Il faudra également définir le montant de la vente, mais, là encore, on peut faire confiance aux contrôleurs de gestion de Mondadori pour avancer des hypothèses. 


Vers la fusion entre Bompiani et La Nave di Teseo
 

Dans le même temps, d’autres rumeurs se sont immiscées : on parle de la cession de la nouvelle structure Mondadori, qui appartient à la holding Fininivest, de Silvio Berlusconi. « Je n’en ai jamais entendu parler, pas plus que je n’ai entendu les actionnaires parler de vente », assure Mauri. 

 

Il en profite également pour balayer toute critique portée contre le rachat : « Je dirais que nous allons favoriser le marché. En 2008, nous disposions de 31 % de parts de marché et avec la crise nous sommes descendus à 25 %. Avec cette opération, nous reviendrons à 35 %. » Dont il faudra donc déduire Bompiani et Marsilio. « Nous avons toujours été un leader, et, dans chaque marché, le leader est fort. Le problème italien, c’est que l’on ne regarde pas les opportunités, mais le chiffre d’affaires », déplore-t-il cependant.

 

L’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato aura en effet tranché pour limiter, même un peu, le pouvoir dont disposera de nouveau le groupe Mondadori. 

 

« Je souhaite que tous les auteurs de La Nave di Teseo reviennent à Bompiani, qui est leur foyer d’origine », indique-t-il par ailleurs. Un appel du pied à peine voilé à Elisabetta Sgarbi... « Si l’Antitrust devait pencher pour cette solution, et si Mondadori acceptait l’offre, bien sûr, je serais heureuse et en effet j’aboutirais à but éditorial de ma vie : fusionner La Nave di Teseo et Bompiani, et donc, restaurer l’unité du catalogue d’Eco et des autres auteurs du navire », avait-elle expliqué.



(via La Reppublica, Ansa, 2next)