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Italie : le numérique apporte un renouveau dans l'industrie du livre

Nicolas Gary - 28.01.2015

Edition - International - Italie édition - marché ebook - développement croissance


L'Italie n'est pas un pays de lecteurs, viennent d'indiquer les chiffres que présente l'Associazione Italiana Editori. Pourtant, le marché affiche un net déplacement des comportements de lecteurs, vers le monde numérique. Ce dernier n'enregistre toutefois qu'une croissance de 0,1 %, de quoi donner la tendance.

 

Italie livres centre commercial

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sur l'année 2014, les Italiens ont dépensé 1,452 milliard d'euros pour lire, avec 51,7 millions d'euros pour les ouvrages numériques, selon les estimations de Nielsen. Pour le marché du livre papier, 1,2 milliard provient des librairies physiques, vendeurs en ligne et grande distribution. La majorité des ventes s'effectue dans les chaînes de librairies, 40,6 %, en légère baisse, puis en librairie indépendante, 30,7 %. L'évolution de la vente en ligne est de 8 % de plus qu'en 2013, avec 13,8 % de parts de marché. 

 

En parallèle, l'équipement en lecteur ebooks se chiffrerait à 111 millions €.

 

Giovanni Peresson, responsable des études pour l'AIE, considère ces données comme des indicateurs pour faire évoluer les métiers de l'ensemble de la chaîne. « Certaines informations, prises individuellement, peuvent être négatives, mais l'ensemble du “système de lecture” permet de raconter une autre histoire, celle d'une transformation. »

 

7 millions de lecteurs ont choisi le numérique

 

Les données de l'Istat montrent que 43 % des Italiens de plus de six ans ont lu au moins un ouvrage durant l'année 2013, contre 41,4 % en 2014. Le pays assiste à un véritable effondrement chez les lecteurs occasionnels, constate l'AIE : entre 2010 et 2014, le pays aurait perdu près de 2,6 millions de lecteurs.

 

La poussée du livre numérique, toujours d'après l'Istat, indique que près de 13,1 % de la population italienne a lu un livre numérique au cours de l'année passée : une croissance de 32,2 % sur 2014, donc. Et alors que la quantité de livres papier diminue, celle de livres numériques augmente.

 

En 2014, 63.417 titres ont été publiés par les éditeurs, soit 5,1 % de moins qu'en 2012, avec un prix moyen de 17,14 €, en diminution de 7 %, toujours par rapport à 2012. Dans les différents formats numériques, on estime en revanche que le catalogue est de 53.739 titres, soit 88,4 % de plus qu'en 2012, avec un prix moyen de 6,96 €, en recul de 22,8 %. 

 

Peresson poursuit : « Cette projection nous indique que nous sommes entrés dans une nouvelle phase : la lecture, les achats, la production. Les paradigmes sont en train de changer. Le livre n'est pas en crise. Nous sommes confrontés à un changement radical dans où l'innovation reste le maître », assure-t-il. 

 

Les signes d'une reprise de l'économie du livre sont ainsi portés par les fragiles et petits résultats du numérique. Ainsi, l'harmonisation du taux de TVA entre livre papier et ebook, récemment décidée par le pays, conforterait le changement, en opérant des réductions de prix de vente, plus séduisantes pour le lectorat.  

 

Ne jamais perdre le papier de vue... cependant...

 

Une première phase d'expérimentation numérique s'achève donc, et, si les consommateurs prennent l'habitude d'une recherche de lectures en ebook, le développement du piratage ne tardera pas. Développer des offres attractives, proposer les ouvrages en format EPUB, immanquablement, et cesser avec le PDF deviendront des impératifs. 

 

Entre 2010 et 2013, assure l'AIE, le prix des ebooks a déjà diminué de 9,6 € à 7,2 €, et la tendance se confirme cette année encore. Mais la réduction de TVA n'aura d'incidence qu'au cours des prochains mois, il faudra encore patienter pour mieux comprendre.

 

Toutefois, le marché du livre papier reste prépondérant, et Giovanni Peresson maintient que les éditeurs doivent « avoir du courage, parce que, pour les Italiens, le marché du livre n'est pas aussi saturé qu'il y paraît ». L'approche des maisons, comme des librairies, se porte sur une recommandation de plus en plus 2.0, évidemment, et la multiplication des comptes sur les réseaux sociaux devient un enjeu de communication majeur. 

 

Toucher les lecteurs où ils se trouvent, et tenter d'en recruter de nouveaux passe par une efficacité dans la captation d'attention. Mais immanquablement, les 7 millions de lecteurs qui ont choisi le numérique ne peuvent plus être déconsidérés, un chiffre d'autant plus important que « les Italiens sont traditionnellement un peuple qui lit peu, et par le passé, s'est montré assez peu friand de technologie ». L'invasion des smartphones dans le pays démontre que la tendance est clairement inversée. 

 

5 % des ventes seront numériques en 2015

 

Pour l'avenir, Marcello Vena, du cabinet AllBrain, situé à Milan, estime que la croissance sera de 30 à 40 % sur 2015, dans les ventes numériques. À l'heure actuelle, il note que de nombreux Italiens disposent non pas d'un seul, mais de trois téléphones portables, soit autant d'appareils pour que se développe la lecture numérique dans le pays.  

 

Pour le marché des livres papier en ligne, le secteur est divisé en deux catégories simples : 50 % attribués à Amazon, et 50 % aux librairies locales, dont quatre sont détenues par les éditeurs. 

 

Si le livre numérique représente 3,8 % des ventes en 2014, il devrait atteindre 5 % pour 2015 – avec une nette domination de Kindle, dans le paysage, qui dispose de 50 % des parts de marché. Derrière lui se retrouve Kobo, à 20 % et iBooks à 14 %. Les vendeurs locaux et autres revendeurs internationaux représentent 11 %. (via Publishing Perspectives)

 

  Marché du livre en Italie perspectives 20015