Italie : le prix des livres, d'accord, mais l'avenir de la librairie ?

Nicolas Gary - 08.07.2019

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La bataille qui a lieu actuellement chez les parlementaires et les professionnels de l’édition, en Italie, pourrait avoir des conséquences… ou des bienfaits. Dans une lettre ouverte, Paolo Ambrosini, président de l’Association des librairies italiennes, tente d’orienter les débats. Au cœur du problème, le prix du livre. Et comment en faire vivre chacun.

Paolo Ambrosini
Palo Ambrosini - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
« Chaque année, dans la situation où nous sommes, nous risquons la fermeture de 400 librairies et carteries, avec la perte de 800 emplois », écrit-il dans le Corriere della sera. La situation est celle qui découle de la loi de 2011, dite Loi Levi, sur la vente de livres. Cette législation introduisait une capacité de remise pour les revendeurs de 15 % maximum — dont abuseraient les chaînes au détriment des libraires indépendants.

Or, depuis le début de l’année, politiques et interprofession se rencontrent, discutent, jusqu’à ce qu’aboutisse un texte — approuvé par tous les partis politiques — qui entend réviser la loi en vigueur. L’idée serait de s’approcher du modèle français, avec une remise plafonnée à 5 %, tout en aménageant des modalités de remises extraordinaires, décidées par les éditeurs. 

Ces derniers n’auraient qu’un mois dans l’année pour procéder à des ristournes allant jusqu’à 20 % — à l’exception du mois de décembre, trop crucial. Problème : l’Associazione italiana editori, celle qui représente majoritairement les grands groupes du Bel Paese, s’oppose à ce principe.

« Rien d’étonnant, l’AIE parle pour les grands groupes qui sont maintenant calibrés sur des maxi-facturations et contrôlent le marché également de par les chaînes de librairies qui leur sont rattachées », souligne Ambrosini. Et face à eux, les éditeurs indépendants qui ne disposent pas de pareilles ressources apprécieraient au contraire que l’on limite la possibilité des remises.

Pour autant, ce plafonnement ne résoudrait pas tout, loin de là : le premier des doutes, c’est ce flou organisé et entretenu autour des parutions scolaires. Si la nouvelle loi fixe les remises à 15 %, certains supermarchés ont déjà commencé à communiquer sur des réductions de 35 %. Difficile de ne pas y voir une distorsion dans la concurrence, et surtout, comment la limiter ?

La lecture chute, mouvement sans retour ?

D’autre part, la loi Levi, instaurée justement par l’actuel président de l’AIE, Ricardo Franco Levi, n’aura pas servi de mesure incitative, en autorisant 15 % de remise. « En huit années d’application, la lecture a chuté de 11 % entre 2011 et 2016. » De plus, 2038 entreprises — librairies et papeteries — ont fermé, entraînant la perte de 4000 emplois. Et selon les dernières données avancées par Paolo Ambrosini, près de 13 millions d’Italiens vivent sans une librairie dans leur environnement.

« Nous devons changer ce rythme et défendre les librairies qui font de la pédagogie, avec le réseau le plus étendu et le plus présent dans les régions. […] Et puis, soyons clairs : dans ce projet de loi, il n’y a aucune aide pour l’ouverture de nouvelles librairies. Pourtant la demande est forte, il suffit de regarder nos cours et nos formations. »
 
Le métier, déconsidéré, souffrirait d’un manque de compréhension de la part des pouvoirs publics ? Surtout, insiste-t-il, qu’en cas de fermeture, et de par l’absence d’encouragements pour la création d’entreprises, le chiffre d’affaires qui disparaît n’est pas même répercuté — sinon, peut-être, sur internet. Et donc, chez Amazon principalement.

Aux parlementaires, les libraires n’adressent qu’une seule demande : devant l’urgence dans laquelle se trouve la chambre pour l’adoption du texte, et avant que le Sénat ne soit impliqué, il faut prendre en compte la position des libraires. Parce que le temps manque…

Feux, contre-feux et lobbying

De son côté, le président de l’AIE n’a pas manqué de réagir : « Nous maintenons notre position, opposée à ce projet de loi sur le livre. Une position basée sur ce qui est écrit dans le texte et qui manque, c’est-à-dire un soutien véritable », indique Ricardo Franco Levi.

« Nous avons déjà dit que nous estimions ce texte contraire aux intérêts des Italiens et des familles. Nous estimons qu’il faut le répéter. Et en ce sens, l’écrasante majorité des éditeurs et des libraires partage aussi ce jugement négatif sur la mesure. »

Difficile de savoir ce que représente cette grande majorité : les deux synicats de la librairie en Italie – Sindicato italiano librai e cartolibrai, ainsi que l’Associazione libraire italiani – on lancé de leurs côtés deux campagnes de communication, pour apporter leur plein soutien au texte. Et de revendiquer une inspiration des modèles allemand et français, pour la soutenir.
 

 

En outre, Avec l’Associazione degli editori indipendenti, a été signé un communiqué de presse commun, pour maintenir la pression.
 



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