Italie : Matteo Renzi invite Haruki Murakami à courir au Sénat

Nicolas Gary - 16.03.2014

Edition - International - Matteo Renzi - Haruki Murakami - Sénat italien


On qualifiait Silvio Berlusconi de Cavaliere, le chevalier, un sobriquet hérité de l'obtention, en 1977, de l'ordre du mérite du travail. Matteo Renzi, lui, ne va pas à cheval : il préfère courir. Et à ce titre, le plus jeune chef de gouvernement d'Europe partage une passion avec l'écrivain japonais, Haruki Murakami. En 2007, ce dernier avait publié un essai autobiographique : Autoportrait de l'auteur en coureur de fond. Attention les yeux !

 

 

 

 

Murakami est connu pour cette passion de la course à pied, et plus spécifiquement des distances d'ultrafond - soit, supérieures à 42 km. Il a d'ailleurs, à plusieurs reprises, couru des 100 km. De là découle l'écriture de cet ouvrage, qui parut chez Belfond, traduit par Hélène Morita, en 2009

Le 1er avril 1978, Murakami décide de vendre son club de jazz pour écrire un roman. Assis à sa table, il fume soixante cigarettes par jour et commence à prendre du poids. S'impose alors la nécessité d'une discipline et de la pratique intensive de la course à pied.

Ténacité, capacité de concentration et talent : telles sont les qualités requises d'un romancier. La course à pied lui permet de cultiver sa patience, sa persévérance. Courir devient une métaphore de son travail d'écrivain.

Courir est aussi un moyen de mieux se connaître, de découvrir sa véritable nature. On se met à l'épreuve de la douleur, on surmonte la souffrance. Corps et esprit sont intrinsèquement liés. 

Murakami court. Dix kilomètres par jour, six jours par semaine, un marathon par an. Il court en écoutant du rock, pour faire le vide, sans penser à la ligne d'arrivée. Comme la vie, la course ne tire pas son sens de la fin inéluctable qui lui est fixée...

 

Matteo Renzi n'avait probablement pas d'affinités particulières avec la course de fond. En 2008, alors qu'il concourrait pour les primaires de la mairie de Florence, il lança : « Si je gagne, je cours le marathon de Florence. » Il a gagné, et s'est exécuté. Mais la course, chez Renzi, comme chez Murakami, est devenue un sport intense, le moyen de garder la forme, de perdre du poids, en quelques années, car il continue de courir.

 

Durant le marathon de Florence, on l'avait même vu avec un tee-shirt, flanqué d'une traduction de la phrase de Jimi Hendrix, en italien : « Se sono libero è perché continuo a correre. » [Si je suis libre, c'est parce que je continue de courir.]

 

Voilà que les deux hommes se retrouvent donc sur le domaine des kilomètres que l'on avale, et bien entendu, le livre de Murakami a été traduit en Italie, L'arte di correre. Et voilà que si les deux hommes courent, l'un des deux lit la prose de l'autre. 

 

Alors qu'il s'était présenté au Sénat pour obtenir un vote de confiance, le nouveau premier ministre s'est fait remarquer pour avoir apporté, au milieu de ses feuilles volantes, de ses smartphones et de son macbook, un livre : L'arte di correre, de Murakami, évidemment.

 

 

 

 

Une édition récente, publiée chez Einaudi, dans une nouvelle édition souple, noir et blanc, avec un magnifique soleil rouge, très japonais dans l'idée. Et le détail n'est pas passé inaperçu dans les médias, ni chez les photographes. Le livre de Murakami raconte assez simplement comment les efforts et la détermination lui ont permis de changer sa vie et son corps. 

 

Tout à coup, l'ouvrage, dans les mains de Renzi, suscite les interrogations, la curiosité et les politologues s'en donnent alors à coeur joie. Murakami, coureur de fond, est-il devenu le mento du jeune Renzi, coureur en recherche d'un fond politique ?Le lien entre le parcours politique et l'ascension foudroyante de Renzi se marient probablement mal avec les qualités d'un coureur de marathon. Probablement est-ce plutôt du côté de l'endurance pour tenir sur la distance qu'il pourra se démarquer. 

 

Surtout qu'il a récemment annoncé un plan de 90 milliards € pour relever le pays. 

 

En tous cas, lorsqu'Obama se promène avec un livre en main, celui-ci devient illico sollicité sur les sites de vente en ligne, et rapidement, grimpe dans les meilleures ventes. Reste à Renzi à démontrer qu'il peut avoir la même incidence sur les lecteurs de son pays. Pour l'instant, le livre est dans le Top 100 des meilleures ventes d'Amazon, après avoir culminé à la 70e meilleure place. Mais l'affaire au Sénat a déjà quelques jours....