Aucune décision sur la vente de RCS Libri : Mondadori contraint à la patience

Nicolas Gary - 01.10.2015

Edition - Economie - RCS Mediagroup - RCS Libri vente - Mondadori livres édition


Le flou devient artistique, entre RCS Mediagroup et la Mondadori, autour de la vente de RCS Libri. La décision finale devait être prise ce 30 septembre, après de multiples reports, mais le conseil d’administration de RCS Mediagroup ne s’est toujours pas prononcé. Stupeur et tremblements.

 

Maurizio Costa

 

 

La réunion du 30 septembre s’est achevée aux petites heures du matin, ce 1er octobre, chez RCS Mediagroup, sans qu’aucune orientation ne soit clairement affirmée. Dans un communiqué, le groupe explique qu’il a mandaté son PDG, Maurizio Costa, pour déterminer si la transaction était possible avec Arnoldo Mondadori Editore S.p.A. Son rapport devrait être remis dans les prochains jours.

 

Le CA n’aurait manifestement pas de problème à proprement parler, sur la valorisation de la société – autour de 135 millions €. Ce sont certaines divergences, apparues in extremis, qui viennent simplement prolonger le suspens et l’attente. C'est que l'enjeu est de taille.

 

Ce 30 septembre était pourtant attendu comme une date fondamentale, dans l’économie du livre, en Italie. Ce n’est probablement que partie remise, mais le rachat de RCS Libri par la Mondadori reviendrait à réer le plus important groupe éditorial du pays – d’ores et déjà affublé de ce petit nom, Mondazzoli, en référence à la maison Rizzoli, du groupe RCS.

 

Mondazzoli concentrerait en effet 40 % des ressources éditoriales du marché italien, le plus important de toute l’Europe, et détiendrait jusqu’à 75 % du marché du livre de poche. 

 

Tensions au sein du groupe

 

La vente suspendue à un fil, donc, et d’autant plus que la filiale Bompiani, dirigée par Elisabetta Sgarbi, a dit tout ce qu’elle pensait de mal de cette histoire. Opposée à la fusion, elle envisageait alors de racheter ses propres parts de Bompiani, à RCS, afin d’en éviter l’absorption par Mondadori. Et plusieurs de ses auteurs comptaient parmi les signataires d’un courrier dénonçant ce dangereux regroupement pour l’industrie italienne. 

 

De même, Rosellina Archinto avait racheté, en juillet dernier, sa propre maison d’édition, jusqu’à lors propriété de RCS Libri. Fondée en 1985, la maison s’était retrouvée dans le groupe en 2003, mais reprend donc son indépendance, en procédant à la reprise de la marque et du catalogue.

 

 Au sein de RCS libri, la maison avait déjà eu du mal à conserver son identité : à l’intérieur d’un groupe plus grand encore, déjà surnommé Mondazzoli, elle aurait été noyée, estime la maison. Le seul lien qui restera est celui de la distribution des livres, que RCS LIbri poursuivra.

 

En février dernier, le ministre de la Culture, Dario Franceschini (lequel publie chez Bompiani, rebonjour), manifestait d'ailleurs publiquement son inquiétude : « Comment le marché va-t-il se comporter, dans un pays avec une seule entreprise qui contrôle la moitié du secteur, et l'autre moitié, fragmentée entre petites et très petites maisons d'édition ? »

 

Pour l’instant, la date limite est dépassée, ce qui ne doit pas réjouir Mondadori. En avril dernier, Marina Berlusconi, la fille de Silvio à la tête de la holding, ne cachait pas son impatience. Ernesto Mauri, espérait même que la transaction pourrait être résolue avant la période butoir, qui était alors fixée... au 29 mai.