Italie : occasion ratée pour créer un salon du livre commun à Milan et Turin

Nicolas Gary - 20.09.2016

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À Rome se jouait une rencontre au sommet : les villes de Milan et Turin trouveraient-elles un accord, pour organiser un salon du livre commun ? Le rendez-vous était pris, mais l’occasion est définitivement manquée...

 

Roma

Ne jamais dire "Fontaine je ne boirai pas de ton eau", mais là...

Javier de la Rosa, CC BY 2.0

 

 

Aucune fumée blanche ne s’est échappée du ministère de la Culture, où l’ensemble des acteurs avait rendez-vous. « Une occasion manquée pour l’Italie », lâchera Dario Franceschini, qui hébergeait la rencontre. Et si personne ne s’est entendu, le ministre note que les deux délégations ont fait preuve de la même rigidité sur des points essentiels. « Nous nous trouverons donc avec deux salons, à une centaine de kilomètres de distance l’un de l’autre, qui se feront une concurrence impitoyable. »

 

On sentait toute la déception, pour l’homme qui tenait tant à réunir les deux comités, en une grande manifestation nationale. Et surtout, éviter une immense honte à son pays.

 

D’un côté, donc, Turin, son passé historique de Salon du livre, son 30e anniversaire, et le soutien des pouvoirs publics – avec le financement du ministère de la Culture et celui de l’Éducation. Le tout doublé par des mouvements enthousiastes, largement portés par l’édition indépendante.

 

En face, Milan, et la Fabbrica del Libro, société montée par l’Association des éditeurs italiens avec Fiera Milano, organisateur d’événement. Un projet pour des manifestations d’envergure et de promotion du livre – et en ligne de mire, la mort de Turin, purement et simplement. Très manichéenne, l’édition italienne, en ce jour.

 

De chaque côté, les politiques, présidents de région et maires des villes, venus pour défendre leurs projets, et surtout, tenter de faire plier la partie adverse. 

 

« Nous venons d’achever une réunion d’une heure et demie, et ce fut compliqué. Malheureusement, nous devons avouer avec une grande tristesse que la solution pour n’avoir qu’un unique salon du livre et de la lecture avec deux lieux complémentaires, n’a pas été accepté », a poursuivi le ministre, Dario Franceschini. 

 

Dans un communiqué, l’Associazione italiani editori enfonce le clou. « Nous avons vraiment tenté de trouver un accord correspondant aux demandes du ministre. Nous n’y sommes pas parvenus. Nous ne baisserons pas les bras, mais sommes disposés à prolonger les échanges avec Turin. »

 

Guerre littéraire fratricide : Turin contre Milan, pour un salon du livre italien 

 

Et le président, Federico Motta, qui est à l’initiative du projet milanais, d’ajouter que le défi que l’AIE s’est lancé pour la ville – accessoirement la capitale des grands groupes éditoriaux italiens – est grand. Très grand. Et pas question, de toute manière, de l’abandonner pour se retrouver fondu dans un autre, où Turin pourrait de nouveau tirer à lui la couverture. 

 

D’ailleurs, le 5 octobre, une conférence de presse présentera la version officielle du salon milanais, ainsi que son futur nom. « La première étape de notre volonté dans la promotion du livre », souligne le président.

 

Les deux camps repartent avec leur propre conception de ce que les salons seront. Les conditions et les négociations n’ont pas été autrement commentées, mais les petits éditeurs n’ont pas voulu céder « face à l’arrogance milanaise ».

 

Pour Chiara Appendino, maire de Turin, la situation est stupide : « Les gens oublient souvent qu’un Salon du livre existe depuis 30 ans à Turin. Si l’intention était de proposer un modèle de croissance globale du pays, nous aurions signé. Si c’était de nier notre histoire, alors il ne peut pas y avoir d’accord. Et on continue. Nous célébrerons nos 30 ans et le ferons au Lingotto [NdR : Centre de la Foire]. »

 

via La Stampa