Italie : renforcer la loi sur le prix unique du livre avec 5 % de remise maximum

Nicolas Gary - 12.04.2017

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En mars dernier, lors de la Book Pride de Milan, réunissant l’édition indépendante, une table ronde avait rouvert les discussions autour de la loi Levi. Pendant italien de la loi Lang – établissant un prix unique pour le livre – ce texte avait été remis en question par le gouvernement voilà deux ans. Il n’en sera rien.

 

Giunti al Punto librairie
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Retour en février 2015 : le conseil des ministres italiens étudiait un projet de loi mortifère pour l’édition. Depuis 2011 et l’adoption de la loi Levi, l’industrie était relativement protégée, avec, toutefois, une remise maximale fixée à 15 % du prix de vente.

 

Le projet de loi envisageait alors sereinement de tout faire sauter, soulignant qu’un pareil texte limitait la liberté de tarification des entreprises. Les libraires indépendants, de même que les éditeurs, avaient méticuleusement levé les boucliers : à l’époque, les statistiques indiquaient que plus de la moitié de la population italienne ne lisait pas. Le danger commercial pour les sociétés qu’impliquerait un tel bouleversement était évident.

 

La loi Levi avait pour mission de protéger les librairies et les petites maisons, ainsi que celles de taille moyenne, de la concurrence de gros revendeurs et des chaînes. Et en 2011, c’était Amazon qui était au cœur des discussions : la remise sur le prix de vente, c’est la grande spécialité du cybermarchand.

 

Or, Sandra Zampa, du Parti démocrate – celui de l’ex-Premier ministre Matteo Renzi – est récemment arrivée avec une nouvelle proposition de loi, qui bousculerait le projet initial (en PDF). Dans son idée, il faudrait consolider au contraire la loi Levi, mais surtout imposer une remise de 5 % sur le prix de vente, se calquant sur les modèles d’autres pays européens – France, Allemagne, Espagne. Quelques entorses seraient autorisées : 10 % durant des manifestations littéraires, et 20 % pour les ventes aux bibliothèques publiques.
 

L’article 2 du projet de loi propose alors de modifier la loi du 27 juillet 2011 pour fixer à 5 % le rabais maximal accordé, incluant les ventes par correspondance, ainsi que les ventes de livres numériques. En revanche, une dérogation est accordée à la hauteur de 20 %, durant les mois de février et de juillet, mais uniquement pour des ouvrages de l’année civile précédente.

Enfin, autre piste évoquée, celle de la constitution d’un label de qualité pour les librairies. Ces dernières devront toutefois garantir que 90 % de leurs revenus sont liés à la vente de produits éditoriaux – hors papeterie, pour exemple.

 

Un impact sur les ventes ou sur la lecture ?

 

L’accueil réservé à ce texte est très positif – à l’exception du géant Mondadori et de GeMs, pour qui ce projet de loi n’apportera aucun avantage à un marché comme celui de l’Italie. Au contraire, les consommateurs que l’on tente de reconquérir seraient contraints de payer ce changement.

 

Dans les faits, la proposition de Sandra Zampa vise tant le géant Amazon que les grandes chaînes de revendeurs, contrôlées aujourd’hui par des groupes éditoriaux – on pense à la Giunti, la Feltrinelli ou la Mondadori, bien évidemment. Mais avant toute chose, c’est bien la vente qui nécessite de protéger le marché.

 

Le problème est que le temps pour faire examiner, et qu’éventuellement le parlement adopte la loi, est court. Très court. Les éditeurs font pression sur les députés et le gouvernement, pour que le paquet soit intégré à la prochaine loi de stabilité. Le ministre de la Culture, Dario Franchescini, devrait ainsi recevoir dans les prochains jours un courrier des organisations professionnelles, présentant une position unifiée. Car si chacun s’entend sur le besoin de réguler, les modalités de fonctionnement ne sont pas identiques pour tous.

 

Les éditeurs polonais relancent le projet du prix unique du livre

 

Avec un marché d’un milliard d’euros, l’industrie du livre en Italie recense près de 21 millions de lecteurs dont 18 millions qui achètent moins d’un livre par an. En revanche, 13 millions de personnes vivent dans des municipalités de moins de 10 000 habitants, où l’on ne trouve pas de librairie. Si le seul point d’accès au livre est celui des établissements implantés dans les grandes surfaces, alors il devient compliqué de pouvoir vanter les mérites de la bibliodiversité.

 

Et pour ceux qui sont précisément installés dans ces supermarchés, toute politique restrictive reposant sur les remises annoncerait une perte de revenus, au profit d’autres acteurs. Autrement dit, les centres commerciaux eux-mêmes...