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Italie : soutenir l'industrie du livre, le grand chantier du gouvernement

Nicolas Gary - 22.01.2019

Edition - International - industrie édition Italie - remise vente livres - lecture promotion soutien


Une rencontre au sommet se tenait ce 21 janvier en Italie : le ministre du Patrimoine et des activités culturelles, Alberto Bonisoli, retrouvait les professionnels de l’édition. Toute la chaîne du livre, les associations, ainsi qu'Amazon, étaient présentes. Une promesse de discussion que le ministre avait faite lors de la manifestation Più libri più liberi, en décembre dernier, à Rome.

Ambiance salon du livre de Turin
(salon du livre de Turin, photo d'illustration - ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

L'ordre du jour était d'imaginer les interventions réglementaires ou opérationnelles susceptibles d’améliorer le secteur du livre, a souligné le ministre. Parmi les thèmes très attendus, les initiatives de l’État en faveur de la lecture, quelles solutions pour les librairies, et nécessairement la loi Levi, portant sur les remises accordées sur les livres. 

C’est ainsi qu’à Milan, au Palazzo Litta, toute l’industrie réunie attendait fébrilement les réflexions du ministre. 
 

Recueillir les informations, et réfléchir


Assez logiquement, aucune décision n’aura été prise, Alberto Bonisoli l’avait tout de suite posée. Dans un premier temps, il lui faut rassembler des informations, des retours d’expérience, en somme les différentes suggestions de l’interprofession. En effet, si évolutions législatives il doit y avoir, elles devront être prises « dans le but de renforcer un secteur stratégique », et donc résulter d'une concertation. Déclaration plutôt rassurante.

Relevant la « grande passion des éditeurs et des libraires », le ministre a entendu la nécessité de mieux structurer le schéma des remises. Les différentes organisations professionnelles ont bien entendu pointé l’insuffisance d’une législation dépassée. Et génératrice d’une concurrence malsaine entre les librairies et les groupes – et bien entendu, Amazon. 
 
Toute une campagne de communication avait d’ailleurs été mise en place : Gli sconti hanno le gambe corte (les remises ont les jambes courtes), pour sensibiliser le public. Elle émane des associations d’éditeurs indépendants et de libraires – Adei (Associazione degli editori indipendenti), Ali (Associazione librai italiani) et Sil (Sindacato italiano librai).
 

Repenser le principe des remises


Il s’agit de montrer que cette politique de remise, plafonnant les possibilités de rabais, a des conséquences toujours plus néfastes pour le secteur. Surtout quand se mettent en place des opérations massives de remises de la part d’éditeurs. Car l’observation se fait de toutes parts : il y a plus de librairies qui ferment que d’établissements qui ouvrent sur le territoire.

La loi Levi, instaurée en 2011, limitait les rabais à 15 %, pour ne pas donner aux grosses structures la possibilité d’écraser les librairies indépendantes. Cependant, huit ans plus tard, la législation démontre ses limites, et ne contient pas l’hémorragie.

stands insolites
Travaux en cours - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
L’autre perspective serait d’approfondir les modifications apportées l’an passé sur le crédit d’impôt, et les avantages fiscaux accordés aux indépendants. Mais également de pouvoir intervenir sur les actions promotionnelles menées, par des enveloppes budgétaires accordées au secteur.
 
Fut également évoqué le devenir et le rôle futur du Centro per il libro et la lettura (Cepell) – dont il importerait de relier les initiatives et projets plus efficacement aux bibliothèques scolaires. Une manière d'intervenir avec plus de cohésion et de coordination dans le pays. Mais pour cela, des fonds seront nécessaires. 

Un prochain rendez-vous a été fixé au 11 février, au terme de l’analyse qui sera produite. « Je compte sur ces prochains mois pour avoir une image complète. J’ignore quelles décisions seront prises, je n’exclus pas d’intervenir – ou de ne pas toucher – à la loi qui réglemente les rabais pratiqués en librairie », a conclu le ministre. 

L’enjeu sera également de prendre en compte les habitudes et attentes des consommateurs – heureusement ! Se prenant en exemple, Alberto Bonisoli indiquait sa préférence pour les librairies physiques, quand sa fille, elle, opte pour internet. Il importe donc de pouvoir maintenir une offre qui s’adresse à tous. Raison, d’ailleurs, pour laquelle Amazon n’est pas spécifiquement mis en cause dans ces réflexions. 
 

Se donner les moyens d'une ambition nationale


« L’une des principales tâches qui nous est confiée, c’est de réfléchir à des mesures de soutien à la lecture qui existent déjà et peuvent être mises en place avec plus d’investissement ou de nouveaux moyens. Nous devons atteindre 90 % de lecteurs comme en France et nous allons y travailler », a déclaré Alessandro Dalai, conseiller du ministère de l’Industrie culturelle. L’Italie, elle, est autour de 41 % de lecteurs dans le pays.

On comprend donc que l’argent sera au cœur des actions. Le président du Cepell, absent lors des discussions le pointe : « Le dernier financement date de 2018 et, cette année, nous ne disposons que de 3 millions € pour la promotion. En Allemagne, leur budget est de 96 millions € annuels et pour chaque enfant qui né, une structure ministérielle rend contact avec la famille pour apprendre aux parents comment faire la lecture à voix haute. En outre, dans de nombreux pays européens, les remises appliquées aux livres sont moins importantes. »
 
En France, la loi Lang autorise en effet 5 % dans des conditions spécifiques – non cumulable avec la vente en ligne et des frais d’expéditions offerts, par exemple. Et le Centre national du livre dispose d’un budget de 24 millions € pour ses différentes actions.

Pour Ricardo Franco Levi, président de l’Association italienne des éditeurs, les résultats économiques de 2018 indiquent que l’industrie remonte la pente. « Pour cette raison, il est fondamental de soutenir et d’élargir l’offre culturelle. [...] Nous ne demandons pas de contribution pour les éditeurs, mais bien de promouvoir la lecture, d’apporter un soutien, même fiscal, aux librairies et aux bibliothèques, ainsi que des aides et investissements dans l’innovation. »


via Il libraio, Il Corriere


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