Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Izneo : la vente de BD numériques autopubliées pour la fin de l'année

Nicolas Gary - 23.08.2017

Edition - Les maisons - izneo bande dessinée - livre numérique izneo - orange fnac izneo


Au début de l’été, Orange annonçait l’intégration de la BD numérique izneo dans ses offres : 3 000 titres pour 9,99 €, l’abonnement classique. Un très joli coup pour Fnac, actionnaire de la plateforme, qui bichonne son service. Luc Bourcier, directeur général, détaille avec nous la stratégie déployée. Avant tout, se faire connaître, et reconnaître. 




 

Le marché de la BD numérique n’a pas encore fait des merveilles en France : à peine 2 % du chiffre d’affaires global en 2016. Dans ce contexte, izneo parvient toutefois à doubler son CA au premier semestre 2017. Au Japon, c’est une hausse de 27 % des ventes pour le manga numérique en 2016, à 146 milliards ¥ (1,13 milliard €), quand celles de l'imprimé perdent 7,4 % à 194,7 milliards ¥.

 

De même aux États-Unis, le segment numérique profite de la montée en force globale, avec 90 millions $ pour 2016 – sur un marché à 1,085 milliards $, en hausse annuelle de 5 %. 

 

En France, on en est encore loin : pour l’heure, izneo avec sa casquette de distributeur, a pour première perspective de convaincre les éditeurs et les auteurs de numériser un plus grand nombre d’albums aussi bien du fond que des nouveautés (plus d’une nouveauté sur 3 n’a pas de version numérique) pour enrichir son offre. « L’évolution de l'offre reste une priorité », explique Luc Bourcier. 

 

Attractivité, évangélisation : pas question de buller
 

À partir de septembre, de nouvelles têtes feront leur apparition dans l’offre d’abonnement, laquelle reste plafonnée à 3 000 titres. « C’est un niveau constant, mais renouvelé : nous sommes attentifs à ce que les éditeurs souhaitent positionner dans l’abonnement. Beaucoup s’interrogent sur la nécessité d’un plus large nombre d'oeuvres proposées : à quoi cela servirait-il ? »

 

3 000 albums, même pour un grand lecteur, ce sont huit titres par jour, sur une année. 

 

Orange fera entrer izneo dans la cour des grands : avec 20,8 millions de clients, l’opérateur est le leader en France (plus de 37 % de parts de marché). « Avec cette promotion de la solution izneo, nous comptons sur un recrutement accru, en touchant un nouveau public. »

 

À ce jour, l’abonné izneo ne diffère pas de l’acheteur à l’acte : c’est un homme de 40/45 ans, habituellement. Depuis 2017, la stratégie d’acquisition de trafic s’est tournée vers la BD jeunesse et le manga, entraînant un net rajeunissement de l’audience. Et l’intention se poursuit : dès septembre, l’abonnement intégrera des albums jeunesse, pour se rendre plus attractif encore.

 

Évidemment, l’absence d’offre numérique en manga est toujours un obstacle. « Les éditeurs japonais ou coréens ne sont pas forcément très clairs sur les raisons de leur refus. C’est plutôt une absence de réponse. D’autant qu’ils recourent sur leur marché à des formules qu’ils n’autorisent pas ailleurs, comme la location. »

 

De nouveaux catalogues qui faciliteraient l’évangélisation, d’une manière ou d’une autre. Certes, Orange va apporter une forte impulsion, « mais le véritable challenge, c’est simplement d’exister en tant que promoteur de nouveaux usages », note Luc Bourcier. D’autant qu’on ne peut pas multiplier les partenaires, au risque de s’éparpiller : « Le choix d’Orange est assez évident : nous travaillerons d’autres relais de croissance, mais d’abord, il faut consolider ce premier partenariat. »
 

La BD numérique native, le marché à saisir

 

Économiquement, izneo est passé de 1,035 million € à 1,28 million € de chiffre d’affaires de 2015 à 2016, mais avec des pertes doublées – 644 000 € à 1,137 million €. Les sources de revenus sont réparties à 50 % pour la distribution – la vente des BD d’éditeurs à des revendeurs. La vente directe représente 40 % des revenus, dont un quart pour l’abonnement. 

 

« Les albums anglophones commencent à avoir du poids ; que ce soit en vente directe ou en distribution. En début d’année, Valérian nous a permis de faire de belles ventes, avec le film qui s’amorçait », indique Luc Bourcier. Il y a d’ailleurs un phénomène autour de Valérian au premier semestre puisqu'ont été vendus sur la période plus de 16 000 albums numériques de cette série (dont 60 % en version anglaise) ce qui représente approximativement 15 % des écoulements d’albums papier + numérique sur la période.
 

Le reste est réalisé par l’offre en bibliothèque, « une composante importante parce que les établissements représentent un maillage important, et un moyen de communiquer sur l’offre ».
 

Marvel signe avec comiXology pour des comics originaux réservés à Amazon


Quant à l’avenir, il passera par deux étapes : une plus grande offre qui attirera plus de demandes, et donc de clients. « L’autopublication pose la réponse la plus simple, mais également des interrogations plus larges. À ce jour, 100 % de notre activité est calquée sur la vente de BD homothétiques, des albums papier numérisés. Mais la BD numérique native, c’est le projet que nous regardons. »



Luc Bourcier
 

 

Technologiquement, la solution préexiste, qui permettrait de vendre des titres conçus d’emblée pour le numérique. « Nous comptons quelques éditeurs africains, avec des albums qui sont diffusés uniquement de manière numérique. C’est anecdotique, mais cela nous offre les solutions techniques ; cette collaboration avec des micromaisons implique que nous savons déjà monétiser une telle offre. » La suite s’envisage donc avec une offre de créations nativement numériques.
 

500 couvertures de comics, une époque où Hitler se faisait régulièrement démonter


« C’est là un axe de développement évident, et clairement une des destinations d’izneo. Les barrières à l’entrée, tant pour les auteurs que les éditeurs sont moindres que pour le papier : une publication numérique créée avec des outils numériques a déjà une existence. Les auteurs et les éditeurs seront certainement intéressés par un outil de publication qui apportera une rémunération directe aussi bien en zone francophone qu’au-delà avec des traductions en anglais intégrées. »

 

Un rêve pieux, qui devrait se concrétiser avant la fin de l’année chez izneo. Luc Bourcier souligne : « C’est une orientation stratégique, mais le problème est que nous manquons encore d’ampleur. Nous n’avons pas encore réussi à faire émerger le marché de la BD numérisée : cette première étape n’est pas accomplie, il reste donc encore beaucoup faire. »

 

Les interviews de la rentrée littéraire 2017


Rentrée littéraire 2017, la fashion week des libraires