"J'aime bien parler des livres des autres. Donner le goût de lire" (Mathias Enard)

Claire Darfeuille - 10.04.2014

Edition - Société - Mathias Enard - prescription - mooks


Mathias Enard sera à Metz du 11 au 13 avril au festival Littérature et Journalisme dont le thème principal est l'Europe d'aujourd'hui. En tant que conseiller littéraire, il a participé -activement, nous dit-on- à la programmation de ces quatre jours d'échanges et de rencontres avec des écrivains et journalistes européens. Il revient sur cette expérience forcément positive pour un auteur qui aime avant tout partager sa passion de la littérature.

 

 

Mathias Énard im Gespräch mit Barbara Wahlster

Das blaue Sofa, CC BY 2.0

 

 

Comment s'est élaborée la programmation du festival ?

 

M.E.  La programmation s'est effectuée en étroite collaboration avec le comité d'organisation, c'est avant tout un travail collectif. Nous avons discuté des différents aspects de la littérature et du journalisme en Europe, peu à peu des lignes de force se sont dessinées qui ont structuré le programme.

 

Quels sont les thèmes qui vous tenaient à cœur ?

 

M. E. Pour ma part, j'étais particulièrement attaché à la thématique de la diversité linguistique, de la traduction comme langue de l'Europe et aussi à la question de savoir s'il existe une littérature européenne ou seulement une somme de littératures nationales… Tous ces sujets donneront lieu à des débats, notamment avec des auteurs qui n'écrivent pas dans leur langue maternelle.

 

Quelles ont été vos autres propositions ?

 

M. E. Il me semblait important d'inviter des auteurs qui ont une actualité littéraire très forte. C'est le cas de Maylis de Kerangal, qui fait par ailleurs partie du même collectif que moi chez Inculte, ou encore de l'écrivain flamand David Van Reybrouck dont l'essai Contre les élections (Actes Sud) vient de paraître, lequel donne à réfléchir sur la valeur démocratique des élections. Bernard Guetta interviendra également pour donner sa vision d'une Europe plus fédéraliste…

 

La question est de savoir comment écrivains et journalistes se projettent dans l'Europe de demain, dans ses institutions. Tous les aspects de l'Europe seront abordés durant ces tables rondes, c'est à dire pas seulement l'Europe intérieure, mais aussi l'Europe hors de ses frontières. Nous parlerons de ses échecs en Ukraine, en Syrie, au Rwanda...

 

Votre écriture dans Rue des Voleurs, qui raconte le périple d'un jeune immigré marocain durant le Printemps arabe, est très proche du réel et de l'actualité. Quels sont selon vous les liens entre journalisme et fiction ?

 

M. E. Le journalisme et le roman partagent des choses, des sources, des histoires, une actualité, mais les traitent de façon radicalement différente. J'utilise par exemple de vraies coupures de presse, mais je mets ces éléments en relation dans un tout littéraire qui constitue un monde en soi. Le journaliste est lui astreint à d'autres contraintes.

 

Que pensez-vous de la polémique autour du livre de Régis Jauffret La ballade de Rikers Island et DSK ?

 

M. E. A partir du moment où l'auteur décide de faire un roman, qu'il suppute, invente, cela devient de la littérature. Donc, il ne devrait pas y avoir de polémique.

 

Les mooks sont-ils l'avenir de la presse écrite ?

 

M. E. Ce mot est atroce ! Je ne sais pas qui l'a inventé, mais il est horrible. 

En soi, ces revues sont une conséquence de l'ère du numérique. A présent que l'actualité brûlante n'est plus dans la presse écrite, mais sur internet, les journaux papier ont dû trouver une autre spécificité, différencier leur contenu de l'aspect "news" rapide avec photo prise au portable. C'est le cas du nouvel hebdo Le 1 que lance Eric Fottorino (ancien directeur du Monde, également écrivain. Ndlr), une revue qui comprendra moins d'information, mais plus de réflexion.