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J. K. Rowling gagne un grand jardin mais perd une bibliothèque

Clément Solym - 29.08.2012

Edition - Bibliothèques - jk rowling - kensal rise - bibliothèque


J. K. Rowling avait deux objectifs pour cette fin d'été : obtenir le permis de construire pour ses maisonnées poudlardiennes à son domicile d'Édimbourg et sauver la bibliothèque historique Kensal Rise, mise en vente. Malheureusement, on ne peut pas toujours réussir, et bien souvent, c'est la culture qui se fait évincer.

 

En juillet, J. K. Rowling faisait parler de ses envies de jardiner avec la construction de deux luxueuses maisons à l'image de Poudlard dans son domaine de maître (17e siècle) à Édimbourg. Les plans posés, il ne restait plus à l'écrivain qu'à obtenir les droits (voir notre actualitté). Aujourd'hui, l'auteur de Harry Potter vient de gagner la permission de construire les deux structures au coût estimatif de 250 000 livres.

 

 

Les maisons, sur pilotis et à deux étages, ne seront pas un terrain de jeu pour les enfants du quartier. Elles sont prévues à l'usage unique de ses deux enfants, âgés de 9 et 7 ans, et sans doute de leurs amis. L'aménagement prévoit des tunnels secrets, un nichoir pour une chouette, un pont de corde et des toits crénelés. De quoi faire rêver tout gosse à l'imagination débordante. Une trappe, un pole de pompier, un escalier et un toboggan seront assurés aussi bien pour le jeu que pour la sécurité, permettant une évacuation rapide en cas de danger.

 

Pourtant, ce projet ne ravit pas tout le monde. Des résidents vivant à proximité ont déposé des objections auprès du conseil municipal d'Édimbourg, affirmant que la taille des maisons, même si elles étaient dans les arbres, signifiait que la structure serait visible depuis la route, ce qui serait «contraire à la zone de préservation». Ce développement de cabanes très élevées au milieu d'arbres massifs « serait tout à fait hors de proportion avec la région et c'est inacceptable », déclare Dr Patricia Eason dans une lettre, secrétaire du conseil municipal de Cramond et Barnton.

 

Un voisin, Tom Borthwick (66 ans), a également soulevé des préoccupations au sujet de la taille et de la sécurité des maisons dans les arbres. Il a tenu à s'assurer qu'elles ne pouvaient pas être vues depuis l'extérieur de la propriété. Toutefois, les responsables de constructions ont approuvé la demande de J. K. Rowling, ayant reçu moins de six objections. Déjà, l'an dernier, l'auteur multimillionnaire avait reçu un permis de construire pour abattre une maison d'un million de dollars, dans un style années 70, afin d'élargir son jardin.

 

La montée d'un philistinisme culturel ?

 

En revanche, l'écrivain n'a pas réussi son deuxième objectif, plus culturel, de sauver l'élégante bibliothèque historique Kensal Rise qui venait d'être mise sur le marché de l'immobilier. Plusieurs auteurs majeurs avaient pourtant fait campagne en sa faveur, mais rien n'y a fait, l'argent séduit toujours autant. À cela, The Royal Society of Literature, dont J. K. Rowling est membre, a dit sa consternation d'une telle perte. La bibliothèque a déjà été dépouillée de ses livres en mai.

 

Save Our Library

 

« Ce lieu a été dédié comme espace de bibliothèque et de lecture par Andrew Carnegie, de sorte que c'est ce qu'il doit en être », déclare Tim Lott, l'un des auteurs qui a fait campagne.

 

C'est discrètement, à l'abri des regards et des rumeurs, que le bâtiment de 5 850 m2 a été mis sur le marché avec Cluttons. Car, relativement à la réduction des coûts de la ville, la bibliothèque avait été fermée l'an dernier. Selon les termes établis par le bail, la propriété revenait à All Souls College, Oxford, qui a aujourd'hui décidé de la vendre.

 

« All Souls acceptait la libre utilisation de l'endroit, jusqu'à ce que le conseil de Brent a décidé de leur rendre », confie Tim Lott. Et d'ajouter : « Je me sens trahi par le conseil et le gouvernement ». Pour Denis MacShane, député travailliste, « cette décision est le symbole d'un philistinisme culturel ». « Il est triste de voir que cette formidable coalition d'écrivains et d'artistes n'a pas réussi sa campagne ».