Redécouverte d'une précieuse lettre de Neal Cassady à Jack Kerouac

Julien Helmlinger - 24.11.2014

Edition - International - Jack Kerouac - Lettre - correspondances - Sur la route


Un peu avant sa mort, Jack Kerouac confiait que son ami Neal Cassady aurait pu devenir célèbre si une lettre que ce dernier avait adressée à l'écrivain n'avait pas été égarée. Le courrier en question, quelque 16.000 mots rédigés sous l'influence des amphétamines en 1950, aurait inspiré l'écriture de Sur la route. La correspondance n'était pas véritablement perdue, juste placée au mauvais endroit, selon Joe Maddalena, qui la vendra aux enchères chez Profiles of History, en Californie, le 17 décembre prochain.

 

 

Selon Jack Kerouac, cité par The Paris Review en 1968, son ami Allen Ginsberg l'avait prêtée à un ami qui l'aurait laissée échapper dans l'eau, près de sa caravane flottante. En vérité le poète avait souhaité la faire publier, et l'avait envoyée à la maison d'édition Golden Goose Press, à San Francisco. L'éditeur ne la consulta pas avant sa fermeture et le courrier n'allait être redécouvert que quelques années plus tard, par le racheteur des manuscrits de la maison.

 

Désormais, la lettre fait partie d'une collection destinée à rassembler des écrits d'autres écrivains célèbres, comme E.E. Cummings, Kenneth Rexroth et Robert Penn Warren. Mais pour Joe Maddalena, le texte de Neal Cassady serait le plus fascinant de la série. S'étalant sur 18 pages, en simple interligne, il raconte sa visite, ivre, dans sa ville natale, où il vécut des expériences sexuelles, qu'il raconte à renfort de touches humoristiques. Il précise : « C'est une œuvre phare de la 'Beat Generation' et il y a tellement de rumeurs sur ce qui s'est passé autour d'elle. »

 

Selon les confessions de Jack Kerouac, encenseur, la lettre constituait « le meilleur écrit que j'ai eu à lire dans ma vie. Meilleur que tout aux États-Unis. Du moins, assez pour que les Melville, Twain, Dreiser et Wolfe se retournent dans leur tombe ». Son biographe Dennis McNally estime quant à lui : « C'est d'une très grande valeur. Elle a beaucoup inspiré Jack Kerouac [...] par ce style d'écriture spontané qui venait directement du cerveau de Neal Cassady ».

 

Neal Cassady, longtemps sur la route lui aussi, même sans la publication, est tout de même devenu célèbre pour ceux qui se sont penchés sur les écrits de la Beat Generation. Kerouac lui rend notamment hommage à travers le personnage de Dean Moriarty. Par ailleurs, Tom Wolfe rapporte dans son Acid Test, que dans les années 1960 Cassady a fait le chauffeur pour le bus bariolé des Merry Pranksters en compagnie de Ken Kesey, l'auteur de Vol au-dessus d'un nid de coucous.