Jacques Vergès : "Le temps avec moi a été galant homme."

Nicolas Gary - 16.08.2013

Edition - Les maisons - Jacques Verges - décès - avocat


L'avocat Jacques Verges est décédé ce 15 août d'une crise cardiaque. Avocat français né en Thaïlande en mars 1925, il aura publié une dizaine d'ouvrages durant sa vie, dont le dernier, De mon propre aveu, fut publié en février dernier aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. La maison nous raconte cette dernière aventure livresque.

 

 

 

 

« Dans ce dernier ouvrage, Jacques Vergès avait anticipé sa mort. Ce sont des mémoires, un livre rempli d'anecdotes de jeunesse, comme il aimait à le faire. Il passe en revue son engagement politique, d'abord dans le communisme, puis avec De Gaulle, mais parle surtout de cette révolution permanente dans laquelle il vivait. »

 

Passionné par Mao ou Pol Pot, des personnages aujourd'hui plus que douteux, Jacques Vergès, mais figures alors de changement et de révolution.

 

« C'est aussi un livre qui se déroule dans l'intimité. Jacques était très lié à ses compagnons d'armes qu'il aura perdus avec le temps, et qu'il évoque, auxquels il rend hommage. C'est surtout un livre dans lequel il avait anticipé sa mort. »

 

Étrangement, cette autobiographie s'achève sur un rêve. « Il rencontre une inconnue qui tient un bouquet de fleurs, et lui dit que c'est pour son anniversaire. » Un anniversaire ? Alors que l'on sait que la date même de sa naissance n'était peut-être pas la bonne. « En rêve, Jacques répond que ce n'est pas son anniversaire. Mais l'inconnue insiste : c'est l'anniversaire de sa mort. »

 

Oeuvre de moraliste, où il passe en revue les causes anonymes, mais douloureuses, qu'il avait pu suivre : les suicides, les trahisons. « Jacques prenait plaisir à raconter ses actions, mais il y sut aussi rendre hommage aux victimes du sang contaminé. » Entre légèreté et gravité, l'éditeur se souvient d'un homme qui « avait conscience des vies gâchées, des échecs, portant l'obsession de la condamnation. Il convoquait en permanence un passé qu'il connaissait par coeur, et ne reconnaissait jamais les zones d'ombre de sa vie, dont il tirait de véritables gloires.  » 

 

Provocateur, l'avocat se sera retrouvé défenseur de causes parfois indéfendables, comme dans le procès de Klaus Barbie, et jusqu'à récemment. « Il exprimait très bien les grandes douleurs, avec ce talent d'orateur. » Des mémoires dans lesquelles on ne retrouve évidemment pas trace de ses dix ans de disparition, dans les années 70. « Avec cet ouvrage, il avait trouvé une sortie de scène. » 

 

« Le temps avec moi a été galant homme », avait-il dit.