James Patterson et Amazon : 'L'avenir de notre littérature est en danger'

Nicolas Gary - 31.05.2014

Edition - International


James Patterson comptait parmi les premiers auteurs à avoir dégainé, lorsque le conflit Hachette Book Group-Amazon, avait été sorti dans la presse. Alors que se déroule actuellement la Book Expo América à New York, le romancier est intervenu pour un discours retentissant, prononcé devant des centaines de libraires indépendants. « L'avenir de notre littérature est en danger », a simplement lancé l'écrivain, en guise d'introduction.

 

 

 

 

Depuis Facebook, Patterson avait lancé un grand appel pour s'étonner du comportement d'Amazon. Pourtant, son intervention n'était originellement pas consacrée au cybermarchand. Il venait en réalité présenter son projet d'investissement dans les librairies indépendantes. Selon le magazine Forbes, les revenus de Patterson sont estimés à 90 millions $ annuels. Et l'auteur avait choisi, cette année, de verser 1 million $ pour les librairies indépendantes, engagées dans des opérations innovantes pour l'accueil du public. 

 

Son intervention à la BEA devait revenir sur le projet, mais également expliquer qu'il avait versé 286.000 $ supplémentaires, la deuxième participation cette année. Ce sont donc plus de 535.000 $ qu'il a donné aux libraires. « Chaque jour, les libraires sont là pour sauver la littérature de notre pays. Le travail qu'ils font pour aider les écoles et l'ensemble de leur communauté laisse un amour durable pour la lecture, chez les enfants et les adultes. Je crois que leur travail est essentiel pour l'avenir de notre pays. Que ferons-nous, si nous n'avons pas notre propre littérature ? »

 

Et face à cette activité, qu'il avait spontanément décidé de soutenir, il se trouve donc Amazon. Et le discours prononcé a commencé par cette phrase, qui restera certainement dans les annales : « Bonjour, je suis Jeff Bezos. Non, je ne le suis pas, mais je suis désolé, je ne peux pas reproduire le rire du dément… » 

 

Pour quelle industrie sonne le glas ?

 

La suite, est assez prévisible : « Amazon veut contrôler l'achat de livres, la vente de livres, et même l'édition de livres », tout un processus qui « sonne comme le début d'un monopole ». Ovationné, et pas qu'une fois, Patterson, auteur lui-même publié par le groupe Hachette Book, constate l'évidence : les petits libraires ferment, les bibliothèques ont le plus grand mal à voir leur financement assuré…. « Si nous ne réglons pas ces problèmes, la qualité de la littérature américaine va souffrir. »

 

Et de pointer les difficultés des éditeurs, dont le seuil de rentabilité n'est pas faramineux. « Si leurs bénéfices diminuent encore, les éditeurs devront publier une littérature moins audacieuse », raison pour laquelle la situation actuelle est des plus complexes, avec la pression que fait peser Amazon sur le groupe Hachette. Et selon James, « il est important que les principaux acteurs impliqués dans l'édition, ainsi que la presse, et notre gouvernement, accélèrent leur prise de responsabilité, dans l'avenir de notre littérature, et le rôle qu'elle joue dans notre culture ». 

 

La salle a applaudi à tout rompre. 

 

« En ce moment, les librairies, les bibliothèques, les auteurs, les éditeurs et les livres eux-mêmes sont pris dans le feu croisé d'une guerre économique entre les éditeurs et les vendeurs en ligne. Pour être un tout petit peu, un minusculement peu plus précis, Amazon semble être hors de tout contrôle commercial dans ce pays. Cela aura finalement un effet sur chaque épicerie, et dans les grands magasins, sur toutes les grandes surfaces, et finalement, cela va mettre des milliers de boutiques pour Papa-et-Maman, hors jeu. Cela arrivera, et je ne vois personne qui a écrit à ce sujet, pourtant ça sonne comme le début d'un monopole à mes yeux 

 

La situation est manifestement grave. Très.

 

Vulture a retranscrit la totalité de l'intervention