Japon : le démarrage de centrales nucléaires "immoral" selon Murakami

Clément Solym - 27.04.2015

Edition - International - Haruki Murakami - nucléaire Japon - centrale nucléaire


L'énergie nucléaire préoccupe le romancier japonais Haruki Murakami. Au cours d'un échange questions-réponses sur son site, il avait déjà évoqué cette problématique. Quelque quatre années après le tremblement de terre en 2011, et le tsunami qui a provoqué l'effondrement d'une centrale nucléaire, tout cela est très sensible.

 

 

Haruki Murakami

Haruki Murakami par Bradley Wind, CC BY NC SA 2.0

 

 

Depuis plusieurs mois, des mesures ont officiellement été prises pour redémarrer les deux réacteurs nucléaires de Sendai, et la justice, saisie, a finalement refusé de suspendre la relance de l'activité. En japonais, le terme pour désigner les centrales est genshi (atomique) au lieu de kaku (nucléaire). On parle donc d'usines atomiques de production d'énergie. Et cela permet d'adoucir un peu la désignation, pour éviter le mot nucléaire, trop proche d'un vocabulaire d'armement.

 

Murakami répondait donc à une demande, pour souligner qu'une première étape dans la prise de conscience passerait par le changement du nom. Que les Japonais acceptent finalement de parler de centrales nucléaires, pour avoir la réalité devant les yeux. Mais plus largement, lui-même a toujours plaidé pour que le pays trouve une autre source d'énergie, et fuir l'énergie atomique.

 

« Cela peut provoquer un plongeon économique temporaire, mais nous serions respectés en tant que pays qui n'utilise pas l'énergie nucléaire. » (via Rocket News)

 

Mais entre-temps, le redémarrage des centrales le pousse à intervenir de nouveau. Selon lui, il devient « immoral » de réactiver les centrales nucléaires, explique-t-il à l'agence Kyodo. Pointant les risques structurels gigantesques, il insiste sur le fait que le nucléaire « est un problème qui ne peut pas être résolu en vantant les mérites de leur efficacité économique ». 

 

L'Allemagne, qui a décidé de rejeter les centrales nucléaires, deviendrait un exemple à suivre, alors même qu'il « n'y a pas de tremblements de terre ni de tsunamis ». Or, l'Allemagne estime bel et bien que ces centrales sont dangereuses. 

 

Le combat contre l'énergie atomique ne date pas d'hier chez Murakami. Il a souvent rapproché cette source d'alimentation de la bombe larguée sur le Japon par les Américains. Selon lui, accepter l'énergie atomique revenait à n'avoir jamais appris du drame vécu en 1945. Il clame depuis des années que les victimes d'Hiroshima et Nagasaki devraient servir d'exemple pour les générations qui suivent.