Japon : les médias oublient asiément Ykio Mishima

Clément Solym - 26.11.2010

Edition - Société - mishima - medias - souvenir


Yukio Mishima est spécialement connu pour son suicide par seppuku (suicide rituel) après un coup d’État raté en 1970. Dans la capitale, un millier des adeptes de Mishima ont participé à un office ordonné en son nom par un prêtre shinto.

« L'idéologie de Mishima parle à beaucoup de gens même après 40 ans », a affirmé Hiromi Tamagawa, 62 ans, l'un des organisateurs de la cérémonie. « Cette idéologie déplore le fait que le Japon n'ait toujours pas obtenu sa réelle indépendance et soit toujours prisonnier de l'héritage de la guerre » relate l’AFP.


Les médias japonais, quant à eux, ont quasiment tous passé sous silence la date anniversaire, peut-être en raison des idées impérialistes de Mishima, alors que le Japon est encore traumatisé par les horreurs commises au nom de l’empereur durant l’holocauste asiatique.

Nommé trois fois pour le prix Nobel de la littérature, et avec une centaine d’ouvrages à son actif, Mishima était au sommet de sa gloire l’année de sa mort. Il se fait connaître à l’âge de 24 ans avec Confession d’un masque, roman biographique dans lequel il exprime ses tendances homosexuelles. Après ce livre, sa renommée va en grandissant à mesure qu’il publie des ouvrages.

Mishima n’est cependant pas en phase avec le Japon de l’après-guerre occupé par les Américains. Il prône un retour aux valeurs traditionnelles des samouraïs qui régissaient le pays auparavant. Il forme ainsi la société du bouclier « Tatenokai », son armée privée, sur des idées d’extrême droite.

Le 25 novembre 1970, avec trois de ses soldats, il se rend au quartier général du ministère de la défense, à Tokyo et prend en otage le général Matsuda. Torse nu et avec son bandeau de samouraï autour de la tête ornée par la devise « sers la nation durant sept existences », il se présente au balcon du quartier général et appelle les soldats au retour aux traditions et au rétablissement de l’empereur.

Il est accueilli par des insultes. Il se résout alors à passer à l’acte et s’ouvre le ventre avec un couteau. Un de ses partisans l’achève selon la tradition en lui coupant la tête. « Le 40e anniversaire de sa mort survient alors que le Japon est en proie à une poussée de nationalisme provoquée par des différends territoriaux avec la Chine et la Russie » ajoute l’AFP.

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