Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Japon : Murakami fait découvrir Franz Liszt, joué par Lazar Berman

Nicolas Gary - 24.04.2013

Edition - International - Haruki Murakami - Franz Liszt - vente de musique


Les romans de Murakami sont toujours de véritables événements mondiaux. Parfois, ils ont des conséquences inattendues. Pas vraiment ce million de fans japonais qui se sont rués dans les librairies du pays pour se précipiter sur leur exemplaire. Non. Mais plutôt les ventes spectaculaires d'un morceau de musique classique mentionné dans le livre. 

 

 


 

 

Depuis trois ans que Murakami n'avait rien publié, son dernier ouvrage est sorti le 12 avril. Shikisai wo Motanai Tazaki Tsukuru to, Kare no Junrei no Toshi, le roman de son petit nom japonais, fait référence à un cycle de pièces pour piano de Franz Liszt : Années de pèlerinage. Ce dernier compte près de trois heures de musique, et dans le roman, Murakami évoque les performances du pianiste Lazar Berman, dans l'interprétation.

 

En dépit de son titre déroutant, Le Sans Couleur Tazaki Tsukuru et ses années de pèlerinage, a séduit les lecteurs japonais, qui se sont rués sur le livre de cet auteur qu'on pressent depuis longtemps pour le Nobel. 350,000 exemplaires se sont écoulés en trois jours, et 500,000 nouveaux ouvrages ont donc été commandés pour faire face à la demande. 

 

Et selon le journal Asahi, peu de temps après la vente de ce roman dans les librairies et chez les libraires en ligne, les fans se sont littéralement arraché les CD en import de cet enregistrement. Tous les points de vente du Japon susceptibles de proposer le CD se sont retrouvés dépossédés. Et les sites de téléchargement ont manifestement connu la même affluence, alors que la musique a été temporairement classée meilleure vente des téléchargements dans l'Archipel.

 

L'effet Meyer (mais pas pour le pire)

 

On pourrait d'ailleurs rapprocher cet engouement de celui qui s'était emparé des fans, qui à la lecture des ouvrages de Stephenie Meyer, la saga Twilight, s'étaient rués sur le livre d'Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent. Cette histoire passionnelle, où l'on perçoit l'inspiration de Lord Byron, fait écho à un autre ouvrage relatant un amour qui semble impossible...

 

Ainsi, les références à l'oeuvre de Brontë abondent dans le texte de Stephenie Meyer, et tout particulièrement dans Éclipse, le tome 3, où Bella se déclare franchement fan de l'auteure anglaise. Ce qui a poussé le lectorat de Meyer à redécouvrir l'inspiratrice. Et depuis la sortie du film, les ventes sont encore plus importantes que durant l'année 2008, où elles avaient déjà fortement augmenté, observait-on en novembre 2009. 

 

Pour ce qui est de Liszt et Murakami, Universal Music LLC a assuré qu'ils allaient rapidement faire face à la demande, et promis de fournir les vendeurs en stocks de CD dans les meilleurs délais. « Ceux qui ont lu le roman auront certainement eu envie d'écouter le morceau », confirme une employée de la société. 

 

C'est une habitude, chez Murakami, que de faire exploser les ventes de livres, mais également celles de musique. En effet, avec la sortie de 19Q4, un pareil pic de ventes avait été constaté au Japon, alors que le romancier parlait du compositeur tchèque Leos Janacek, et de sa pièce, Sinfonietta. Sony Music, qui s'occupait alors de la commercialisation du CD était ébahi : « Il n'y avait pas de précédent montrant qu'un roman pouvait servir de catalyseur pour pousser des ventes de musique classique à un tel point. »

 

Chez Universal, en attendant, on jubile de l'effet Murakami... Le titre du roman avait d'ailleurs fait amplement spéculer les fans, avant sa sortie, qui y voyaient déjà une référence directe à Liszt, hongrois d'origine. 

 

Et si vous l'avez raté, sur YouTube, on peut écouter l'intégralité de la pièce de Liszt...