Japon : un auteur et éditeur accusé d'arnaque au dépôt légal

Antoine Oury - 17.11.2015

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Il s'agit d'un cas inédit, assurent les responsables de la Bibliothèque nationale de la Diète, au Japon. Un auteur et éditeur a déposé un exemplaire de chacun des 42 volumes du livre Asho dans l'établissement, selon un système proche du dépôt légal. Le détail, c'est qu'Asho est plus une œuvre plastique que littéraire, selon son auteur : le texte imprimé sur ses pages ne veut rien dire. Et le problème, c'est que la Bibliothèque nationale de la Diète verse une compensation pour le dépôt des ouvrages...

 

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La Bibliothèque nationale de la Diète (Bentley Smith, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

L'éditeur tokyoïte Risu no Shobo a reçu 1,36 million de yens, soit un peu plus de 10.000 €, en compensation de plusieurs dépôts effectués à la Bibliothèque nationale de la Diète. Toutefois, personne ne pourra lire les ouvrages qu'il a laissés à l'établissement : les 42 volumes d'Asho sont rédigés à l'aide de caractères gréco-romains, et le texte lui-même ne veut strictement rien dire.

 

Le 28 octobre dernier, les autorités de la Bibliothèque sont entrées en contact avec l'éditeur et auteur à l'origine des dépôts, afin d'organiser une restitution. « Nous allons nous renseigner pour savoir si ce livre a été largement diffusé », explique un responsable de la Bibliothèque. Le montant de la compensation a en tout cas déchaîné les critiques, qui accusent l'auteur des volumes d'Asho d'être simplement à la recherche des compensations versées par l'établissement. 

 

L'éditeur a produit 42 volumes, donc, mais en a écrit 112 et en prévoit 132 au total... Et ne dissimule pas son mode d'écriture : « J'écris juste avec les touches de caractères grecs de l'ordinateur, de manière aléatoire, et le texte n'est pas censé avoir un sens », explique-t-il. « Le livre est une œuvre tridimensionnelle, un artefact. » Chaque livre coûte 64.800 yens, soit près de 500 €. L'homme explique ce prix par les frais de fabrication, qui représentent la moitié de ce coût final.

 

 

 

L'éditeur et auteur soutient qu'il n'a « pas écrit ce livre pour les sommes compensatoires », même s'il admet n'avoir vendu aucun exemplaire. L'ouvrage aurait passé les tests des employés de la Bibliothèque de la Diète en raison de sa présence sur des sites marchands comme Amazon, et sa couverture cartonnée... Cela dit, le dépôt légal est obligatoire au Japon pour toutes les publications. 

 

Shunsaku Tamura, professeur émérite en sciences de l'information, rappelle que la Bibliothèque ne devrait pas pouvoir refuser le dépôt d'un ouvrage, ce qui pourrait mener à des cas de censures. C'est plutôt le système de compensation, simple à détourner, qui pourrait être remis en cause par ce cas. Mais l'établissement n'a annoncé aucune réforme du système de dépôt légal.

 

L'auteur et éditeur d'Asho, de son côté, se dit prêt à rembourser la Bibliothèque si on lui retourne les exemplaires de son livre. Suffisant pour prouver sa bonne foi ?

 

(via The Asahi Shimbun)