Jarry, Flaubert, Balzac : les remakes frappent la littérature

Florent D. - 25.09.2014

Edition - Société - Jarry Balzac - Flaubert romans - livres remake


Nous avions évoqué dans nos colonnes la collection Remake chez Belfond. Ancrées dans le modèle de la réécriture, ces publications revisitent des œuvres du passé, pour leur donner une nouvelle vie. Stéphane Bou, qui a travaillé avec les auteurs sur cette approche, affirmait un goût prononcé pour la variation et les reprises – et qu'il avait même théorisé dans un travail de DEA.

 

 

 

 

« Certains auteurs ont refusé le principe, au nom de la sacro-sainte littérature perchée sur un piédestal. Pourtant, les faits sont là : on a vingt dérivés de Madame Bovary par décennies, simplement parce que ces textes phares ont forgé l'écriture dans notre pays, et fixé un certain imaginaire », nous expliquait-il alors. (voir notre actualitté)

 

Les trois auteurs, Bertrand Leclair, Nicole Galigaris et Norbert Cassegrain, qui gère les œuvres de Frédéric Berthet, avaient cédé au jeu des questions-réponses pour présenter leur approche, et cette révision des classiques. Chacun faisait état de motivations distinctes, mais, pour tous, se dégage une tendance commune. 

 

« Pour la joie de jouer avec la langue, avec le personnage ni joli ni poli, avec le grotesque. Ubu roi, à l'origine, c'est la saga du Père Hébé, professeur de physique dans un lycée de Rennes, inventée par ses élèves. Alfred Jarry, quand il était encore lycéen, s'est emparé de ce répertoire, a transformé le nom et créé la geste du Père Ubu dont le vocabulaire est un feu d'artifice. J'ai découvert son Ubu, avec quelle jubilation, quand j'étais moi-même lycéenne », explique ainsi Nicole Caligaris.

 

Pour Bertrand Leclair : « La question n'est d'ailleurs pas de “mettre ses pas dans ceux de Balzac”, mais plutôt de se hisser sur ses épaules de géant dans l'espoir d'y découvrir de nouveaux horizons. De fait, me livrer à cet exercice a considérablement nourri ma réflexion sur l'art du roman, et j'ai le sentiment d'avoir beaucoup appris. »

 

Quant au Cousin Pons, réécrit par Frédéric Berthet, il pose ce simple constat, souligne Norbert Cassegrain : « L'œuvre de Flaubert constituait non seulement une référence, mais l'énigme à résoudre. De fait, personne n'échappe à l'ignorance. Frédéric Berthet n'a jamais tourné le dos à la rue d'Ulm, si ce n'est pour jeter un coup d'œil sur la coupole du Panthéon, voir s'effondrer ses murs aveugles. »

 

On ne pourra que trop inviter le lecteur à découvrir les trois premiers titres de cette collection, qui mettent tout à la fois de la fraîcheur dans des livres connus, lus et relus, mais apportent surtout un souffle vivifiant sur cette rentrée.

 

Jarry, Flaubert, Balzac : les remakes frappent la littérature, par Laura Le Brun

Par Laura Le Brun, du Cesan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)