Je suis un bien piètre manipulateur, NKM craignait surtout pour sa place

Clément Solym - 04.01.2010

Edition - Société - pietre - manipulateur - NKM


« Le manuscrit m'était parvenu déjà finalisé, avant les élections présidentielles, et a priori en version finale. Clairement, Jean-Pierre Philippe comptait bien le publier. » Suite aux propos de Nathalie Kosciusko-Morizet, expliquant que son mari et elle avaient été manipulés par Marc Grinsztajn, ancien éditeur de Panama,

Nous l'avons donc contacté. Autant remonter l'une des sources pour savoir ce qu'il en est réellement. Après tout, Où c kon va com ça ? Le besoin de discours politique, le fameux ouvrage comportait peut-être de grandes révélations...

Un long travail éditorial, avec un auteur impliqué

« Après l'élection de Nicolas Sarkozy, j'ai proposé que l'on apporte quelques modifications, en effet, pour coller un peu plus à l'actualité, alors que le livre présentait avant l'élection un véritable jeu de miroir entre Sarkozy et Royal. » Tout ce travail éditorial a duré plusieurs mois, nous explique l'éditeur, qui reconnaît les quelques piques présentes. « J'avais aussi demandé que Jean-Pierre apporte quelques allégements, notamment sur le grand nombre de citations qu'il comportait. En tout, il y a bien eu deux ou trois versions de ce livre. Alors si je suis un manipulateur, je ne suis définitivement pas très bon. »

Reste que le contrat d'édition du livre était clairement signé. Et l'à-valoir versé dans son intégralité. Lequel ne semble pas avoir fait date dans la mémoire de l'auteur ni de son épouse.

Modifications ? Oui, pour enterrer le livre

Alors quid des fameuses modifications que le mari souhaitait apporter au livre concernant le conflit russo-géorgien ? Du bluff ! « Il faut savoir que nous avions déjà fait parvenir des jeux d'épreuves aux journalistes et que Jean-Pierre avait largement participé au choix des rédactions ciblées. De même, il était venu devant les représentants pour défendre son livre. »

Alors comment pouvait-on faire ? « Nous avons en effet dîné ensemble et Nathalie a proposé plusieurs solutions. D'abord, de publier finalement de manière anonyme le livre. Mais quel intérêt ? Il n'y avait rien qui nécessite l'anonymat. Alors, étant donné que l'actualité s'y prêtait, elle a proposé que l'on consacre une partie aux frontières de l'Europe, ce qui aurait permis de reprendre la copie et finalement, d'éclipser doucement le livre. Et d'annuler sa publication. Mais ce genre de correction n'aurait pris que quelques jours, tout au plus. »

NKM craignait surtout la réaction du président

Des mois et des mois de travail, pour finalement renoncer au bouquin. Mais pas à l'à-valoir ? Clairement, Nathalie Kosciusko-Morizet estimait bien que ce livre lui porterait préjudice. « Il préfère les attaques franches et n'aime pas les intellectuels, nous dit-elle. Quand l'attaque est subtile, ça l'énerve. »


L'angoisse première était bien que le président, ne comprenant pas s'il y avait réellement une attaque contre lui dans l'ouvrage, allait s'agacer plus encore, et qu'elle craignait clairement pour sa place. Et en période de crise, mieux fallait se montrer prudent.

Ensuite ? Eh bien Panama a connu les difficultés que l'on sait, et le livre s'est perdu dans le plongeon qu'a connu la maison. « Nathalie Kosciusko-Morizet s'est montrée cordiale durant ce fameux dîner. Ferme, mais cordiale », conclut Marc Grinsztajn. Fermement décidée à ce que ce livre ne paraisse pas...

Face à un article de Rue89, la secrétaire campe clairement sur ses positions, toujours via Twitter. « J ai déjà réagi. C est repris en début d' article. La suite démontre d' ailleurs assez combien j avais raison. » Étonnant, mais dans les propos de l'éditeur que ce soit à nous ou à Rue89, rien ne semble aller dans son sens...