Je te dis combien je gagne, pour que tu sois mieux payé

Clément Solym - 25.06.2020

Edition - Economie - Australie salaire édition - salariés transparence revenus - filière livre Australie


Une feuille de calcul bête et méchante circule entre les salariés de l’édition australienne. Dessus, se retrouvent les éléments de salaire de chacun, ainsi que différentes informations assez personnelles. Objectif premier : promouvoir la transparence dans la filière. 


 

Sur le document en question, des éléments comme le titre, fonction, salaire, identité de genre, origine ethnique, les années d’expérience, leurs postes et salaires antérieurs. À l’origine, Sarah Hollingsworth, qui explique avoir vu le même modèle en décembre dernier aux États-Unis. Pour elle, une version australienne « serait utile ». 

Le partage de la feuille, par mail, sur les réseaux sociaux, a abouti à ce que 64 personnes, au moment de la rédaction de cet article, ont accepté de remplir les cases. L’anonymat est entièrement préservé, mais cet effort de diffusion a déjà un impact.

« Durant des décennies, l’industrie du livre s’est servie du secret et du silence autour de la divulgation des salaires, à son avantage », indique-t-elle. Ce manque de communication aura abouti à ce que le système de rémunération soit tiré vers le bas. « Les employés qui négocient leur salaire et honoraires n’ont aucune base de comparaison permettant d’évaluer la justesse de leur salaire. »

L’unique manière serait donc de passer par une exposition complète. « Moi-même, et beaucoup d’autres, souhaitons des changements importants pour créer une industrie plus juste, plus équitable et diversifiée. »

L'initiative n'est pas sans rappeler le mouvement #PublishingPaidMe, qui concernait cette fois plus particulièrement les auteurs, notamment racisés, qui partageaient ainsi les avances reçues pour le travail sur leurs livres. Ce qui avait permis de relever une certaine disparité dans les montants accordés : l'édition, dans le monde, souffrirait-elle d'un léger déficit de transparence ?

via Books and Publishing

illustration :  mohamed_hassan CC 0


Commentaires
C'est très anglo-saxon comme façon de faire et a effectivement des effets de bord intéressant.

Mais le monde anglo-saxon est décomplexé par rapport à l'argent : on a cultivé dans le monde latin une pudeur qui sert évidemment l'intérêt de celui qui tient les cordons de la bourse.

Il y aurait un moyen d'avoir un peu des deux mondes à la fois. Que l'éditeur mettent sur son site des contrats-types avec des rémunérations « de base » :

- premier roman (XXX cec) : montant en €

- second roman (XXX cec) : montant en €

Et ainsi de suite. Ainsi, en fonction du nombre de roman, du nombre de signes, vous saurez si votre contrat est une arnaque ou pas.

Aujourd'hui, en jeunesse par exemple, c'est la croix et la bannière pour être reconnu et valoriser une carrière. Vous pouvez avoir publié dix bouquins, le prochain est toujours basé sur un contrat de débutant, avec des rémunération autour de 4% pour commencer.

L'édition ? Un des rares endroits professionnels ou l'expérience ne vaut pas un clou !

Remarquez que ce n'est pas nouveau. Un célèbre auteur anglo-saxon le dénonçait déjà il y a un siècle. Lisez ce que pense Jack London des éditeurs.

C'est d'ailleurs normal dans un sens. Le problème de la relation auteur-éditeur est qu'elle est basée sur un conflit d'intérêt :

- d'une part, il y a une relation d'intérêt : le manuscrit doit être le meilleur possible pour qu'il puisse être vendu. Donc il y va de l'intérêt des deux parties de travailler ensemble pour le tirer vers le haut.

- d'autre part, plus la part financière de l'auteur sera petite et plus grosse sera celle de l'éditeur.

De fait, il est impossible dans ces conditions de pouvoir complètement travailler sereinement avec quelqu'un qui a des intérêts contraires aux vôtres. Dans un monde idéal, ça pourrait se faire (i.e. un monde où l'éditeur serait totalement éthique et qui n'aurait pas de contraintes financières de son côté).

Je crois sincèrement aujourd'hui que la seule façon de se tirer de cet imbroglio serait de jouer une partie différente, à savoir une part un peu près équivalente sur tous les acteurs du marché de l'édition, voire en étant honnête une part plus importante pour l'auteur (sans l'auteur, pas d'œuvre) et une autre part importante pour l'éditeur (le seul à prendre un risque financier).

Mais quand on sait que certains géants de l'édition gagnent plus d'argent avec la distribution, on se dit que ce n'est pas demain la veille, comme dirait Goscinny ! (et je ne cite pas un auteur de BD au hasard...)
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.