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Livre jeunesse : Tous à poil... sauf Jean-François Copé, indigné

Julien Helmlinger - 10.02.2014

Edition - International - Jean-François Copé - Tous à poil ! - Livre jeunesse


Ce dimanche, le président de l'UMP et député-maire de Meaux, Jean-François Copé, était l'invité sur le plateau de l'émission Le Grand Jury (RTL, LCI, Figaro). Tandis que la « théorie du genre » semble cristalliser les craintes des défenseurs du schéma familial traditionnel, le politique a jeté son pavé dans la mare, en s'interrogeant sur le contenu d'un livre jeunesse destiné aux enfants de primaire. Intitulé Tous à poil !, l'album illustré de Claire Franek, destiné à dédramatiser le tabou de la nudité, était dans le collimateur.

 

 

 

 

Tous à poil !, un titre tabou en littérature jeunesse ? Pour les éditions du Rouergue, celui-ci serait plutôt pensé « sans voyeurisme, mais avec une bonne dose d'humour », et devrait permettre à ses lecteurs de « dédramatiser la nudité ». Lors de l'émission, Jean-François Copé a brandi l'ouvrage face aux caméras, le présentant comme « recommandé aux enseignants » pour les classes de primaire. Ce qui l'amène à se demander s'il faut « en sourire ».

 

Feuilletant le bouquin et ses illustrations, qui dénudent toute sorte de personnages pour les présenter sur un pied d'égalité, le politique a froncé les sourcils. Il s'est indigné :  « Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour. Ça vient du centre de documentation pédagogique, ça fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaire. »

 

Continuant de parcourir les pages du livre, que son auteure a voulu humoristique, Copé a ajouté : « On ne sait pas s'il faut sourire, mais comme c'est nos enfants, on n'a pas envie de sourire. A poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil la mamie, à poil le chien, à poil la maîtresse, vous voyez, c'est bien pour l'autorité des professeurs. »

 

Il a évoqué ensuite une exaspération des Français face à la manière dont l'actuel gouvernement, « pétri d'idéologie », prendrait en main l'éducation des enfants et leur vie intime, « plutôt que de s'occuper de chômage, d'insécurité et de croissance ». Ajoutant : Il y a un moment où il va falloir qu'à Paris on atterrisse sur ce qui est en train de se faire dans ce pays. Le rôle des responsables de l'UMP, c'est de dire ça suffit ».

 

Manifeste pour une droite complexée ?

 

Le livre de Claire Franek fait en réalité partie de la sélection Pour l'égalité entre filles et garçons, 100 albums jeunesse, que diffuse l'Atelier des merveilles, une association ardéchoise, et a été publié en 2011, sous Sarkozy. Le site du centre national de documentation pédagogique possède une rubrique qui fait allusion à l'association et sa publication. En revanche, le titre ne ferait pas directement partie d'une liste recommandée aux enseignants pour faire la classe aux  élèves de primaire.

 

Pour les éditions du Rouergue, dont l'ouvrage est conseillé à un public âgé de plus de 8 ans sur les plateformes de vente en ligne, la question de la nudité resterait trop tabou. La démarche de mettre à poil divers personnages de la vie de tous les jours permettrait de dédramatiser le sujet, lutter contre les complexes et aider à faire accepter la diversité des corps. L'auteur du Manifeste pour la droite décomplexée ne l'aura visiblement pas entendu de cette oreille.

 

Suite à l'émission, la ministre Cécile Duflot a ironisé à son tour sur la prise de position du président de l'UMP. Elle a répliqué via Twitter, fournissant notamment aux internautes toute une bibliographie d'ouvrages pédagogiques. Ces derniers sont destinés à lutter contre les stéréotypes ainsi que pour l'égalité des chances, et le livre Tous à poil ! en fait partie.

 

 

 


 

 

 

Selon l'opposante, Jean-François Copé ne serait possiblement pas assez «  intelligent » pour comprendre la démarche littéraire ciblant la jeunesse. Par le biais du réseau social, elle a posé en outre la question de savoir si le président de l'UMP aurait « un avis sur De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête ».