Jean-Jacques Goldman à Attali : la vulgarité, c'est 'plagier un livre' ?

Antoine Oury - 06.03.2015

Edition - Société - Jean-Jacques Goldman - Les Enfoirés Éric & Quentin - Jacques Attali plagiat


La polémique inutile de la semaine dernière s'était développée autour d'une chanson des Enfoirés, « Toute la vie ». Les différents détracteurs du titre soulignaient l'inanité des paroles — pas vraiment une nouveauté —, mais également un côté réactionnaire. Le clip de la chanson montre en effet un groupe de jeunes contre un groupe de vieux (incarné par Les Enfoirés), avec des conseils donnés par les uns, et des reproches faits par les autres. 

 


Jean-Jacques Goldman, face à Éric et Quentin

 

 

« Il n'a pas parlé aux média depuis 15 ans », rappellent avec malice Éric et Quentin, les deux intervenants du Petit Journal qui ont réussi à décrocher une interview avec le parolier, auteur de la chanson « Toute la vie ». Si Goldman a choisi l'émission, c'est parce qu'elle lui donnait l'occasion de se mettre en scène avec les deux comédiens, et de traiter le tout sur le mode de la dérision.

 

En effet, JJ ne semble pas accorder trop d'importance à une polémique qui lui semble disproportionnée : « Ce n'est qu'une chanson », souligne-t-il. Le passage télé lui donne par contre l'occasion de répondre à Jacques Attali, un des plus violents tribuns la semaine passée, dans les médias ou sur Twitter.

 

 

Attali avait tout de même précisé qu'il admirait Jean-Jacques Goldman, mais ce dernier n'a pas hésité à lui rendre la monnaie de sa pièce. Interrogé par Éric [ou Quentin, NdR] sur ce qu'est « la vulgarité », Goldman répond : « Je ne sais pas... Plagier un livre ? »

 

Ça taille : en 1982, Histoire du temps avait été la cible d'accusations de plagiat, de même que, quelques mois plus tard, Verbatim (Fayard, 1993). Pour ce dernier ouvrage, Attali était accusé d'avoir publié des notes d'entretiens entre le président François Mitterrand, dont il était alors le conseiller, et diverses personnalités publiques.

 

Elie Wiesel, qui faisait partie de ces personnalités, avait dénoncé l'auteur dans Libération : « Il a gardé le texte, mais il a changé les lieux et les dates, et, surtout, il fait croire que ce sont des propos tenus pour lui et recueillis par lui, ce qui est doublement inexact. » (via L'Humanité) L'éditeur Odile Jacob, qui devait publier un livre d'entretiens entre le président et ces personnalités, s'était lui aussi élevé contre ce geste d'Attali.

 

Les reproductions de discussions entre chefs d'État avaient également jeté de l'huile sur le feu : ces dernières ne faisaient-elles pas partie des secrets d'État ?

 

La question de Goldman est donc une référence directe à ces différents cas. Deux procès avaient été faits à Attali pour ces affaires, qu'il a tout deux remportées, obtenant même une diffamation. Autrement dit, rien n'interdit de penser que Jacques Attali pourrait intenter un procès, même si les éléments semblent trop faibles pour pouvoir incriminer Goldman (le nom d'Attali n'est jamais cité).

 

L'humour est sauf.

 

Mise à jour 6/03, 13:26 :

 

Jacques Attali, interrogé par Le Figaro, répond « Je ne sais pas » à la possibilité de faire suivre les propos de Jean-Jacques Goldman au Petit Journal d'une action en justice. « En tant que prescripteurs de culture, j'attends qu'ils [Les artistes des Enfoirés, NdR] tiennent un autre rôle. Et présentent leurs excuses pour cet état de la France dans lequel les jeunes doivent faire leur vie. De toute façon, et je compte sur vous pour l'écrire, je ne veux plus polémiquer avec un auteur de chansonnettes. Ce sera la dernière fois » précise-t-il.