Jean Métellus, le choc des civilisations, ou l'effet de la première mondialisation

Cécile Mazin - 05.01.2015

Edition - Les maisons - Jean Métellus - poésie Haïti - colonisation esclavage


Voilà un an, Jean Métellus, poète haïtien, disparaissait à l'âge de 77 ans. Né en 1937 à Jacmel, il avait quitté son l'île durant le régime de Duvalier. Il débarqua alors à Paris où, après ses études de médecine, il se consacra aux troubles du langage. C'est alors qu'avec la rencontre du médecin et écrivain Claude Mouchard, il commença à fréquenter différents cercles littéraires.

 

 Jean Metellus poète Haiti

© Gérald Bloncourt 

 

 

L'auteur était en train de finaliser un recueil de poèmes, qui allait paraître aux éditions Bruno Doucey. Un texte alors inédit, racontant la confrontation entre les caciques haïtiens et les conquistadors, et portant un regard profond sur le choc des civilisations, assure l'éditeur. La maison présentera ce 22 janvier le livre en librairie, « une promesse tenue », autant qu'un hommage au poète qui fait « découvrir un pan oublié de l'histoire haïtienne avant l'arrivée des conquistadors et fait le récit du moment où l'histoire bascule, entraînant la colonisation d'Hispaniola (les actuelles îles d'Haïti et de Saint-Domingue) et l'esclavage. Ce que le poète appelle “l'effet de la première mondialisation” de l'Histoire ».

 

« Tout commence par l'histoire d'un Indien de l'île d'Hispaniola, un jeune cacique de cette terre – c'est-à-dire un roi – qui a accueilli avec naïveté, bienveillance, l'Amiral Christophe Colomb... » Ainsi débute le livre auquel Jean Métellus travaillait encore à la veille de sa mort.

 


 

 

Rhapsodie pour Hispaniola est un récit en vers, une geste qui relate l'histoire des caciques qui gouvernaient l'île d'Hispaniola à l'arrivée des conquistadors. À travers leur existence, contée entre mythe et réalité, le poète retrouve les racines de sa terre natale, Haïti. Il prend acte « de l'effet de la première mondialisation » et déploie, en une rhapsodie d'une puissance étonnante, ce moment où l'histoire repose sur la communion de civilisations différentes, avant de tourner à la catastrophe.

 

En voici un bref extrait :

 

« Avec nos pierres, nos flèches, nos bâtons, nos mains nues

Et nos corps exposés sans aucune protection
En face d'hommes décidés à tuer
Pour obtenir de l'or 

Pour obtenir la soumission complète

Et l'effacement de toute dignité

Que pouvions-nous faire
Résister, résister jusqu'au bout » 

 

Rhapsodie pour Hispaniola sera publié dans la collection Soleil noir, pour 16,50 €.