Jean-Pierre Coffe, le trublion de la cuisine et des médias, est décédé

Joséphine Leroy - 30.03.2016

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Jean-Pierre Coffe est mort ce mardi 29 mars à l’âge de 78 ans. L’année dernière, il avait publié aux éditions Stock une autobiographie qui sonne aujourd’hui comme le dernier récit d’une vie. Il l’avait d’ailleurs intitulé Une vie de Coffe. Connu comme le chantre de la cuisine bien faite, non industrialisée et digne héritière des recettes de grand-mères, il était aussi un personnage médiatique libéré et libérateur pour beaucoup de téléspectateurs/auditeurs, ainsi que pour des lecteurs. 

 

Jean-Pierre Coffe - Le Livre sur la Place à Nancy (21131620220)

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Né le 24 mars 1938 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), Jean-Pierre Coffe a vécu plusieurs années dans sa ville natale. Son père, mobilisé en 1937, meurt au combat le 5 juin 1940 dans la Somme. Jean-Pierre Coffe devient alors pupille de la Nation. Ce sont ses grands-parents, cuisinière pour sa grand-mère et maraîcher pour son grand-père qui affûtent ni vu ni connu, le palais du jeune garçon. 

 

Mais pas tout de suite, car Jean-Pierre Coffe se voit d’abord acteur ou comédien, ce qui augure un appétit déjà certain pour l’art et les médias. Ses études terminées, il s’inscrit au Cours Simon. Pendant la guerre d’Algérie, il fait son service militaire et fréquente Max Gallo. À l’époque, il crée un journal antimilitariste, Le Temps, qui ne survivra pas à la censure. 

 

Revenu à la vie civile, il fait un passage aux Éditions Robert Laffont en tant que directeur de publicité, puis monte une agence, dans les années 1970, permettant aux grand-mères de garder une place dans la société. Une agence qui fait faillite. Définitivement inadapté au monde des affaires, il est victime d’une escroquerie en 1985 après avoir ouvert La Ciboulette (restaurant de la rue Saint-Honoré) et La Modeste, un des lieux les plus fameux de la nuit parisienne où l’on pouvait croiser, l’air de rien, Jean Poiret et Jean Carmet. Jean-Pierre Coffe était pouvait apparaître comme une sorte de mélange entre Michou et Maïté, un personnage hybride entre solitude de la cuisine et sociabilité exacerbée. 

 

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il naviguait sans cesse entre les deux. Son entrée à la télévision, en 1984, marque le début d’une longue séquence médiatique. Il participe à des émissions de Michel Denisot, entre dans le cercle fermé de l’émission radiophonique des Grosses Têtes, menée par Philippe Bouvard. En 2003, il s’assoit pour la première fois dans l’émission de Drucker, Vivement Dimanche !, qu’il quitte en 2012 pour se consacrer à l’écriture. 

 

Jean-Pierre Coffe n’était pas seulement la grande gueule de la cuisine du terroir, celui qui scande de sa voix zozotante et nasale que le jambon polyphosphaté, c’est un scandale, que c’est de la « flotte » et qu’on est « cons » d’en acheter. C’est peut-être un des aspects que l’on retient le moins de sa vie, mais il a écrit. Beaucoup écrit. Et pas seulement des ouvrages de cuisine : de l’histoire (La véritable histoire des jardins de Versailles, aux éditions Plon, en 2007) ou des recueils de nouvelles (Ces messieurs-dames de la famille, aux éditions Plon en 2011), notamment. Mais aussi des ouvrages destinés aux enfants, afin de leur transmettre, dès leur plus jeune âge, le goût des bonnes choses (Ce que nous mangeons, aux éditions Seven, en 2005). 

 

 

 

Une facette que l’on trouve dans son autobiographie, Une vie de Coffe, publié aux éditions Stock. Dans la maison d’édition, on avait d’ailleurs parlé de lui en ces termes : « Ses lunettes colorées, son franc-parler, ses colères et ses enthousiasmes culinaires ponctuent une existence consacrée au bien-vivre à la française, et ce depuis les restaurants qu’il dirigea jusqu’aux plateaux de télévision qu’il anima. Tout le monde le connaît, mais personne ne le connaît, vraiment. »

 

Celui qui ne participera évidemment pas au Dico Plaisir du Mans, tout en trimbalant des phrases cultes tout au long de sa carrière comme le montre ce générateur, laisse désormais comme un goût d’inachevé.