Jean-Pierre Pernaut nie l'autopromotion : perdre la face ou la préface ?

Nicolas Gary - 14.11.2013

Edition - Justice - Jean-Pierre Pernaut - préfacier - Journal télévisé


Le présentateur du JT de TF1 s'est fait épingler à la vitesse de la lumière sur Internet. C'est le Petit journal qui avait remarqué une étrange forme de promotion de livre. Jean-Pierre Pernaut présentait un livre, Manufrance : Un siècle de vente par correspondance, tout en dissimulant, semblait-il, son nom présent sur la couverture.

 

 

 

 

L'affaire est décidément plaisante : d'un côté, un journaliste qui dénonce une publicité sinon abusive, tout du moins étonnante, et de l'autre, un journaliste qui se défend d'être... l'auteur d'un livre sur lequel figure pourtant son nom. L'ouvrage, publié chez Michel Lafon, est pourtant bien signé de Jean-Pierre Pernaut et de Céline Dérouet.

 

De même, sur les sites marchands, on peut retrouver, très officiellement, la biographie de l'auteur ;

Présentateur vedette du « 13 heures » de TF1, JEAN-PIERRE PERNAUT connaît mieux que quiconque la France et les Français, et parle avec passion de nos régions, nos traditions, nos savoir-faire et nos métiers. Il nous présente ici les plus belles pages du catalogue Manufrance et ravive dans nos mémoires les meilleurs moments de la mythique entreprise de Saint-Étienne  

 

Mais voilà auprès de Télé Loisir, le présentateur se débat : « Je n'ai pas écrit ce livre. » Et d'ajouter qu'il en a simplement rédigé la préface et ne serait donc pas financièrement intéressé dans sa promotion. « Cela fait 15 ans que j'écris des livres et je n'en ai jamais parlé à l'antenne, contrairement à certaines radios comme RTL qui fait la promotion de l'Almanach des Grosses Têtes », rétorque-t-il. 

 

D'ailleurs, c'est avec ses équipes qu'il choisit les livres qui seront évoqués à l'antenne, et depuis des années qu'il en écrit, il promet avoir « toujours fait très attention, à TF1, de ne pas parler de mes livres ». 

 

Sollicité, l'éditeur nous confirme que M. Pernaut est bien préfacier, mais ne s'explique pour autant pas que l'on ne trouve que son nom sur la page de présentation du livre. Selon Satellifax, le CSA aurait décidé de se pencher sur la question, mais nous attendons encore que la Commission nous confirme cet élément. 

 

En tant que préfacier, donc auteur d'une préface, Jean-Pierre Pernaut est-il toutefois considéré comme auteur, sinon co-auteur du livre ? Ce serait passablement gênant, puisque selon les règles du CSA, les messages promotionnels à l'antenne, en dehors du cadre publicitaire strict, constituent une publicité clandestine proscrite. 

 

Préface et volte-face

 

L'ensemble texte et préface s'assimile volontiers à une oeuvre dite composite et sur ce point l'article L 113-2 du Code de la propriété intellectuelle est assez clair :  

Est dite composite l'oeuvre nouvelle à laquelle est incorporée une oeuvre préexistante sans la collaboration de l'auteur de cette dernière.

 

On pourrait débattre du statut « d'oeuvre », dans le cas d'une préface, reste que le préfacier n'en est pas moins auteur de sa partie, et qu'il peut percevoir un forfait ou un taux, en fonction des ventes, etc. Toutefois, l'oeuvre composite serait plutôt celle qui mixe deux oeuvres. Dans le cas de la préface, on a la juxtaposition, au sein d'un même support, de deux textes distincts. Leur cohabitation prend la forme de deux oeuvres autonomes. Et en cas de problème juridique, il n'y aurait pas de responsabilité conjointe. 

 

Cependant l'article L113-1 fait mouche :  

La qualité d'auteur appartient, sauf preuve contraire, à celui ou à ceux sous le nom de qui l'oeuvre est divulguée.

 

Or, la couverture du livre ne laisse planer aucun doute, et si Jean-Pierre Pernaut n'est pas l'auteur principal du livre, il n'en reste pas moins auteur au sens juridique du terme. 

 

À moins que ce ne soit, dans le cas présent, qu'une manière pour l'éditeur de profiter de la notoriété du présentateur du JT pour tenter d'attirer le chaland. Surtout que la présence de Céline Derouet n'est finalement attestée que sur le site d'Amazon ou celui de Decitre. Difficile de ne pas croire que l'on a tout fait pour mettre en avant le préfacier, uniquement.