Jean-Pierre Siméon : “Quitter le Printemps des poètes, rien de plus naturel !”

Nicolas Gary - 22.02.2017

Edition - Société - printemps poètes avenir - Sophie Nauleau direction - futur poésie France


Après seize années au service du Printemps des Poètes, Jean-Pierre Siméon annonce qu’il passe le flambeau à Sophie Nauleau. Cette transmission de la direction artistique « est souhaitable », assure-t-il à ActuaLitté, dans un entretien exclusif. « La conviction l’enthousiasme, je les ai toujours. Mais en même temps, il est sain que l’on procède à un renouvellement. »

 

Jean-Pierre Siméon et Juliette Binoche - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Il n’y a rien de plus naturel », assure Jean-Pierre Siméon, malgré l’étonnement dont certains ont pu faire preuve. « Seize années, c’est bien assez : il faut de nouvelles idées, une énergie différente, pour cette manifestation. » En conservant son esprit, bien entendu, autant que les intentions.

 

Le Printemps au fil des années « a été animé, à mes côtés, par beaucoup de personnes talentueuses », se souvient-il. « Nous avons, tous, bâti les fondations, et créé quelque chose qui n’existait pas, mais dont il y avait la nécessité : le succès du Centre de ressources le prouve. Il me semble que nous lui avons donné un sens, une pertinence. » 

 

"Croyant à l’ubiquité de la dématérialisation, l'homme vit perdu dans son temps" 

 

Continuer « jusqu’à avoir une canne » ? « Non : il faut simplement le comprendre. « Comment revendiquer ce besoin de changement partout ailleurs, et ne pas s’y soumettre ici ? » Sophie Nauleau prendra la direction à compter de l’été 2017, s’emparant du projet « pour le mener là où elle l’entendra ». 

 

« Sophie connaît magnifiquement la poésie, pour avoir rédigé une thèse sur la poésie contemporaine et animé onze années durant une émission sur France Culture. On peut y voir une garantie qu’elle maîtrise son sujet. Elle a également produit plusieurs anthologies, très riches. » 

 

Pour assurer la direction de la manifestation « la présence d’une jeune femme change totalement de profil ». Une autre génération avec un différent rapport au monde numérique, notamment : « Je suis complètement convaincu, sans le moindre doute, de sa formidable capacité à me remplacer. »

 

Au cours de l’édition 2017, Sophie Nauleau suivra par ailleurs les différents dossiers, avec l’équipe actuelle, de quoi favoriser une transition en douceur. « Le Printemps des Poètes se poursuivra avec un nouvel élan... en attendant qu’il disparaisse, le jour où l’on n’en aura plus besoin », plaisante Jean-Pierre Siméon. « C’est-à-dire, quand la poésie ne sera plus domiciliée dans ce mois de mars, mais deviendra celle des quatre saisons. »

 

L’enracinement de cet esprit poétique que porte la manifestation, dont le point d’orgue se concrétise par l’événement lui-même, est désormais très profond. « L’avenir du Printemps, sera riche de son passé, et nos réussites. Ce n’est pas simplement une opération médiatique parisienne : il s’inscrit dans territoire global, où chacun peut s’en emparer. » 

 

La dimension militante des différents acteurs, partout en France, engagés dans l’animation de cette vie poétique, est telle « que l’on ne reviendra pas en arrière. Il n’y a jamais eu d’âge d’or de la poésie : pas plus en 1930 qu’à la fin du XIXe siècle. L’unique moment exceptionnel, ce fut celui de la Résistance ».

 

 

 

À cette époque, en raison du contexte, la poésie était bien plus ancrée dans les préoccupations générales. « Ceci dit, prétendre qu’il n’y a pas aujourd'hui de lecteurs de poésie est un mensonge absolu. Dire qu’il y en a moins que dans un auparavant fantasmé est une véritable stupidité. Il n’y a jamais eu autant de lecteurs de poésie qu’aujourd’hui. C'est grâce, évidemment, au travail de l'école. Et, du reste, si elle a tant été utilisée, comme parole de résistance et de vie, durant la Guerre, c’est aussi le fait de l’école publique. Plus de gens lisaient, c’est tout. »

 

Prix Apollinaire : “Les livres primés valent généralement les romans du Goncourt” 

 

On a pu écrire des poèmes dans les tranchées, en lire même, « parce que l’école publique a œuvré. Avant elle, qui lisait de la poésie ? Même s'il n'y a pas encore assz de lecteurs, et si le combat contre l’illettrisme est essentiel, on trouve plus de lecteurs désormais dans le pays, et par conséquent, plus de lecteurs de poésie, tout simplement. J’en suis certain ». 

 

Le futur du Printemps gagnera alors, et plus encore, parce que ce lectorat ne cessera d’augmenter. « Qui lisait Rimbaud ? Qui lisait La Fontaine au XVIIe siècle ? Le poète a eu pendant quelques siècles un prestige important, auprès des puissants et de l’intelligentsia. Oui, ce prestige a été battu en brèche, parce que sont arrivés les romanciers, et d’autres arts, comme le cinéma. Et dans les années 70-80, la poésie s'est souvent retranchée du contexte social. »

 

Et Jean-Pierre Siméon conclure : « Je suis définitivement optimiste. La poésie va s’affirmer et s’affermir : nous aurons de plus en plus besoin d’elle, de ce qu’elle représente. Elle servira de point d’appui pour contribuer au progrès collectif des consciences, comme tout geste artistique. Si l’on croit toujours à ça, alors la poésie sera au cœur de cette ambition. »

 

Le Printemps a encore tant à apporter.