Jeanne d'Arc, ce "miracle de patriotisme", selon Lamartine

Clément Solym - 06.01.2012

Edition - Société - Lamartine - Jeanne d'Arc - politique


Femme de pouvoir, sorcière ou simple d'esprit ? Incarnant « l'amour de la patrie »; Jeanne d'Arc est aujourd'hui un outil de politique et de manipulation, alors que pour le 600e anniversaire de sa naissance, la Pucelle d'Orléans est disputée par les uns et les autres.

 

Symbole dont le Front national s'était emparé, aujourd'hui, Jeanne est convoitée par Nicolas Sarkozy qui a décidé d'une visite - de président, et pas de candidat à la présidentielle ) dans la petite ville de naissance de celle qui bouta les Anglais. 

 

Elle qui était devenue le symbole, à l'occasion du 1er mai, des retrouvailles entre sympathisants du parti d'extrême-droite, voilà que l'on débat de qui doit lui rendre hommage et comment... 

 

Parmi ses admirateurs, on n'a pas toujours compté que les frontistes. Jeanne fut une figure du romantisme, comme en atteste la biographie qu'Alphonse de Lamartine écrivit. 

 

« Toutes les nations ont dans leurs annales quelques-uns de ces miracles de patriotisme dont une femme est l'instrument dans les mains de Dieu. Quand tout est désespéré dans une

cause nationale, il ne faut pas désespérer encore, s'il reste un foyer de résistance dans un cœur de femme, qu'elle s'appelle Judith, Clélie, Jeanne d'Arc, la Cava en Espagne, Vittoria Colonna en Italie, Charlotte Corday de nos jours. À Dieu ne plaise que je compare celles que je cite ! Judith et Charlotte Corday se dévouèrent, mais elles se dévouèrent jusqu'au crime.




Leur inspiration fut héroïque, mais leur héroïsme se trompa d'armes : il prit le poignard du meurtrier au lieu de saisir le glaive du héros. Leur dévouement fut célèbre, mais il fut flétri; c'est juste. Jeanne d'Arc ne s'arma que de l'épée de son pays. Aussi fut-elle pour son temps, non pas seulement l'inspirée du patriotisme, mais l'inspirée de Dieu. »

 

L'histoire autant que les mythes johanniques ont la vie dure actuellement. Alors, se replonger dans un texte plus simple pourra offrir plus de champ.

 

C'est dans une édition de 1852 du texte Jeanne d'Arc, publié aux éditions Calmann-Levy que nous vous proposons de découvrir la figure romantique de la Jeanne révolutionnaire. Avec cette célèbre introduction :  

 

L'amour de la patrie est aux peuples ce que l'amour de la vie est aux hommes isolés; car la patrie est la vie des nations. Aussi cet amour de la patrie a-t-il enfanté, dans tous les temps et dans tous les pays, des miracles d'inspiration, de dévouement et d'héroïsme. Comment en serait-il autrement? Les actes sont proportionnés à la force du mobile qui les produit. La passion du citoyen pour sa patrie se compose de toutes les passions personnelles ou désintéressées dont Dieu a pétri le cœur humain: amour de soi-même, et défense du droit sacré que tout homme venant en ce monde a d'occuper sa place au soleil sur la terre ; amour de la famille, qui n'est que la patrie rétrécie et serrée autour du cœur de ses fils; amour du père, de la mère, des aïeux, de tous ceux de qui on a reçu le sang, la tendresse, la langue, les soins, l'héritage matériel ou immatériel, en venant occuper la place qu'ils nous ont préparée autour d'eux ou après eux sous le toit ou dans le champ paternel; amour de la femme, que notre bras doit protéger dans sa faiblesse; amour des enfants, en qui nous revivons par la perpétuité du sang, et à qui nous devons laisser, même au prix de notre vie, le sol, le nom, la sûreté, l'indépendance, l'honneur national, qui font la dignité de notre race; amour de la propriété, instinct conservateur de l'espèce, qui incorpore à chaque homme un morceau de cette terre dont il est formé; amour du ciel, de l'air, de la mer, des montagnes, des horizons, des climats âpres ou doux, mais dans lesquels nous sommes nés et qui sont devenus, par l'habitude, des parties de nous-mêmes, des besoins délicieux de notre âme, de nos yeux, de nos sens; amour des mœurs, des langues, des lois, des gouvernements, qui nous ont, pour ainsi dire, emmaillotés dès le berceau, que nous pouvons vouloir modifier librement par notre propre lumière et par notre volonté nationale, mais dont nous ne devons pas permettre qu'on nous exproprie par la violence de l'épée étrangère, car la civilisation même, imposée par la force, est une servitude; et la première condition pour qu'un progrès social soit accepté par un peuple, c'est que ce peuple soit libre de le refuser.

 

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