Jeff Bezos aux actionnaires d'Amazon : Kindle, Harry Potter et auteurs

Clément Solym - 15.04.2013

Edition - Economie - Jeff Bezos - Amazon - actionnaires


Amazon est une société comme il en existe peu. Et exposée comme rarement. Si aujourd'hui, la firme donne l'impression de ne prêter qu'une oreille distraite aux plaintes et aux critiques, son PDG, Jeff Bezos, a mis les pendules à l'heure. Dans un courrier adressé aux actionnaires, qui accompagne les résultats annuels de la forme, Bezos se fait lyrique : « Notre énergie, chez Amazon, vient du désir d'impressionner les clients plus que de dépasser les meilleurs concurrents. » Tiens donc...

 

 

 

 

Dans l'édition, on connaît bien Amazon. On l'aime, on la déteste : reste qu'il n'est pas possible de jouer sans cette firme, aux pratiques indélicates, bousculant les habitudes et la tradition commerciale en vigueur. Pourtant, il faut se souvenir d'une chose : si Amazon pèse probablement très lourd dans le marché du livre en ligne, ce dernier ne représentait en France qu'un ouvrage vendu sur dix. Amazon ne vendrait donc que 7 ou 8 ouvrages sur 100, selon les estimations diverses et variées. Mais voyons plutôt ce que les actionnaires ont découvert dans la prose de Bezos. 

 

En 2012, les revenus d'Amazon ont été de 61,09 milliards $, en hausse de 27 % par rapport à 2011, en chiffre d'affaires. Le bénéfice d'exploitation a chuté à 676 millions $, contre 862 millions $ en 2011. Le bénéfice net a également diminué, de 39 millions $, alors qu'il était de 631 millions $. 

 

Améliorer les services, l'ADN de la société

 

Pour l'année à venir, les actionnaires seront ravis d'apprendre que Bezos entend faire en sorte que les auteurs perçoivent leurs droits plus régulièrement, mais également qu'il faut faire en sorte de dépenser des millions de dollars pour s'assurer que Harry Potter soit intégré à la bibliothèque de prêt du Kindle. Le projet est « d'améliorer les services, en ajoutant des avantages et des spécificités, avant qu'il ne faille le faire ». Autrement dit, garder la main sur les innovations, et se concentrer en permanence sur les clients. 

 

Retour un instant sur la Kindle Owners' Lending Library : cet outil qui compte aujourd'hui plus de 300.000 livres numériques, est destiné aux clients Premium. Ces derniers peuvent emprunter gratuitement un ouvrage à la fois. Pour l'heure, la quasi-totalité des livres est autoéditée, mais Amazon « investit des millions de dollars pour faire en sorte que la saga Harry Potter soit disponible dans cette sélection ». Originellement, il faut se souvenir que Charlie Redmayne avait assuré que les compensations financières étaient suffisantes pour compenser les ventes. 

 

Les auteurs sont nos clients

 

Bezos est également revenu sur la relation avec les auteurs, dans le cadre d'Amazon Publishing : ces derniers sont tout autant des clients, puisque la firme publie désormais leurs oeuvres au travers des différentes maisons d'édition créées. Désormais, les auteurs pourront toucher leurs droits d'auteur tous les soixante jours, soit la fréquence à laquelle les auteurs passant par l'auto-édition, Kindle Direct Publishing, sont rémunérés. 

 

« La norme dans l'industrie du livre est de payer deux fois par an, et a été la norme pendant une longue période. Pourtant, quand on interroge les auteurs en tant que clients, le règlement est rarement un facteur de mécontentement principal. Imaginez à quel point vous apprécieriez si vous étiez payé deux fois dans l'année. Il n'y a pas de pression concurrentielle à payer les auteurs plus d'une fois tous les six mois, mais nous allons le faire de manière proactive », assure le patron. 

 

Vendre et rassurer l'actionnaire

 

L'un des éléments les plus importants, pour les actionnaires, et surtout, à destination des investisseurs qui redoutent un peu Amazon. « Notre approche du métier est de vendre du matériel premium à des prix les plus proches du seuil de rentabilité. » Et Bezos d'assurer que la concurrence n'est pas réellement un facteur pris en compte, parce qu'Amazon accorde certes une attention à ses concurrents, mais professe avant tout que le client est toujours l'élément central de la culture d'entreprise.

 

Or, avec la perte nette de 39 millions $, soit 9 cents par action, ce type de situation n'est jamais rassurant pour les investisseurs, et moins satisfaisant encore pour les actionnaires. 

 

La priorité est d'inventer, d'aller de l'avant. « Ces investissements sont motivés par l'orientation vers le client, plutôt que les réactions face à la concurrence. Nous pensons que cette approche permet de gagner une plus grande confiance de la part des clients et apporte une expérience client bien meilleure - et surtout - même dans les domaines où nous sommes déjà les leaders. » 

 

Amazon compte un catalogue de produits de plus de 15 millions d'articles, soit 15 fois plus que ce qui existait en 2005. Aujourd'hui, le marchand dispose de cinq générations de Kindle, et Bezos en tirer une certaine fierté - probablement légitime. La première génération mise à part, on retrouve aujourd'hui des appareils utilisés par les clients. « Nous pouvons être très heureux de voir des gens qui utilisent encore des Kindle qui ont quatre ans. »