Jeff Bezos enrage : les ayants droit refusent le prêt d'ebooks Kindle

Nicolas Gary - 26.09.2013

Edition - International - Jeff Bezos - livre numérique - prêt de fichier


On connaissait l'hôpital qui se moque de la charité, et la poêle qui se fout du poêlon. Désormais, on aura Jeff Bezos qui déplore les mesures restrictives des éditeurs et ayants droit. Le grand patron, à l'occasion d'une interview accordée au siège de son entreprise à Seattle, a pesté contre les titulaires de droits qui empêchent de prêter les livres numériques à la famille et aux amis. 

 

 

Etech05: Jeff

etech, CC BY 2.0

 

 

« Nous faisons ce que les ayants droits veulent », répond le grand patron d'Amazon, quand on le sollicite sur la question du prêt de livres numériques. Pour mémoire, depuis novembre 2011, une offre de prêt est disponible pour les clients Premium. Il leur est possible de télécharger un ebook gratuitement, dans un cadre assez similaire à celui d'une bibliothèque de prêt numérique. 

 

Sauf que très peu d'éditeurs américains ont suivi le mouvement, et rapidement, Amazon s'est rabattu sur les auteurs indépendants, en leur proposant de toucher un peu d'argent s'ils acceptaient de confier leur ebook au service Kindle Library. C'est qu'il fallait bien monter une offre séduisante pour les consommateurs, et en France, quand la Bibliothèque Kindle est sortie, nous avons pu constater la même approche. 

 

En parallèle, la société avait rattrapé son retard sur Barnes & Noble, en octobre 2010. Le concurrent avait rapidement proposé à ses clients un service permettant de prêter un ebook acheté à un ami qui serait détenteur d'un appareil de la famille Nook. Durant les 14 jours de la durée du prêt, l'ebook était alors inaccessible à l'acheteur originel. Quelques mois après, Amazon avait finalement mis à jour son appareil et proposé une fonctionnalité similaire, avec toutefois une restriction : éditeurs et ayants droit doivent activer cette fonction, et tous les livres numériques ne seraient pas éligibles.

 

Près de trois années plus tard, la situation n'a pas évolué un brin, déplore Jeff Bezos, car finalement très peu d'éditeurs ont accepté que leurs livres entrent dans ce programme. « Vous êtes bienvenu, si vous souhaitez vous rendre avec nos équipes et rencontrer les ayants droit pour voir les progrès que vous ferez. Je suis très sensible sur ce sujet », assure-t-il.

 

Partager sans peine... avec un compte Kindle

 

Il en rajoute deux couches : au sein d'une famille, il devrait être simplissime de partager des oeuvres. Il suffirait de créer un compte conjoint Kindle pour tout le monde, c'est d'ailleurs ce que Jeff a fait avec sa femme, qui est romancière, ainsi que leurs quatre enfants. D'ailleurs, Amazon serait ravi de vendre plus de contenus sans restrictions...

 

Bezos n'observe cependant pas de tendance de fond qui ferait disparaître les DRM des livres ou des vidéos, même si l'industrie de la musique a commencé à abandonner les verrous numériques à compter de 2009. « Nous sommes agnostiques sur ce point. Nous faisons ce que les éditeurs souhaitent. Si les ayants droit veulent des DRM, nous en mettons. Si les ayants droit n'en veulent pas, nous n'en mettons pas. » 

 

Sauf qu'en plus du DRM, le fichier acheté au travers de l'ebookstore Kindle est également commercialisé dans un format propriétaire, et donc absolument pas lisible... en dehors de l'écosystème d'Amazon. Si l'on possède un Kindle, impossible de prêter son livre numérique à une personne qui possède un iPad ou un Bookeen. Et à ce titre, la question du DRM serait presque accessoire. 

 

Notons qu'en France, la députée Europe Ecologie les Verts, Isabelle Attard, a proposé d'envisager la question de la TVA pour les livres numériques en distinguant deux formes : d'un côté un taux réduit pour les fichiers sans DRM et interopérables, de 5,5 %, de l'autre, un taux fort pour tout ce qui est système fermé (Apple, Amazon), à 19,6. Le moyen idéal de résoudre le conflit avec la Commission européenne...

 

Sûr que Jeff Bezos appréciera l'attention...