Jérôme Morin : Les sanctions incarnent "le décervelage des fonctionnaires"

Antoine Oury - 02.07.2014

Edition - Justice - Jérôme Morin - fonctionnaire - Pontault-Combault


La notification est tombée au cours de cette semaine : Jérôme Morin, le fonctionnaire auteur du livre Abruti de fonctionnaire, récemment réédité chez L'Archipel sous le titre On ne réveille pas un fonctionnaire qui dort, a écopé d'une nouvelle sanction. À une première sanction s'élevant à 18 mois de mise à pied s'ajoutent 6 mois supplémentaires, sans versement de salaires, confirmés par la maire PS de la ville de Pontault-Combault, Monique Delessard.

 

 

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(Môsieur J. [version 9.1], CC BY-SA 2.0)

 

 

Le 17 juin dernier, l'AFP relayait les décisions du conseil de discipline de la mairie de Pontault-Combault, qui proposait une nouvelle mise à pied de 6 mois à l'encontre du fonctionnaire Jérôme Morin. Dans son livre, ou plutôt ses livres, il faisait le récit de son expérience de fonctionnaire, s'attachant toutefois, précise son éditeur Jean-Daniel Belfond chez L'Archipel, « à ne mettre en cause personne, ni à ne mentionner aucun lieu ».

 

Cela n'aura pas suffit, en vertu du devoir de réserve du fonctionnaire, et le conseil de discipline motivait son avis avec plusieurs griefs à l'encontre de l'auteur :

  • la mise à mal de la campagne électorale, avec la tenue d'un blog politique très défavorable à la municipalité
  • la pression, à la limite du chantage, sur Madame le Maire pour qu'elle lui créé un poste selon sa volonté, avec dépôt d'une fiche de poste
  • la diffusion d'un tract portant atteinte à la municipalité pendant la campagne électorale, signé « Jérôme Morin, le fonctionnaire suspendu »
  • la réécriture du livre pour une nouvelle édition

Il restait encore à la maire PS de la commune, Monique Delessard, de confirmer la décision du conseil municipal, ce qu'elle a fait.

 

La signature du devoir de réserve par les fonctionnaires, lors de leur entrée en fonction, vaut comme seule justification pour cette sanction, au-delà de la liberté d'expression d'un employé de l'État. 

 

« La liberté d'expression d'un fonctionnaire est égale à zéro, c'est le paradoxe de notre démocratie », constate l'éditeur Jean-Daniel Belfond. « Jérôme Morin avait utilisé un pseudonyme pour la première édition de son livre, à compte d'auteur, mais avait souhaité publier à visage découvert pour la réédition, parce qu'il cherchait à dénoncer un phénomène général, et non la mairie en particulier », explique-t-il.

 

« Le fait qu'un fonctionnaire n'a pas le droit de penser, de s'exprimer, confirme que sa démarche est malheureusement justifiée, pour dénoncer ce décervelage des fonctionnaires », ajoute-t-il.

 

Reste que, dans les catalogues du portail des médiathèques de la ville, on ne trouve pas trace ni du premier ouvrage, ni du second. Devoir de réserve ou pudeur, personne n'a été en mesure de nous expliquer les raisons de cette absence.