Jésus et Marie-Madeleine, le sulfureux couple, et leurs enfants

Clément Solym - 13.11.2014

Edition - International - Jésus Marie-Madeleine - amants couple mariés - Da Vinci Code Église


Le scandale vient de Londres, où deux auteurs, Simcha Jacobovici, documentariste israélo-canadien et Barrie Wilson, chercheur canadien, viennent de faire paraître un livre, Lost Gospell : Decoding the Sacred Text That Reveals Jesus' Marriage to Mary Magdalen. Dans ce dernier, il est expliqué, nouvelles preuves à l'appui, que Jésus Christ s'est marié à Marie-Madeleine, et qu'ils ont eu deux enfants. Un fait qui ne convient pas du tout à l'Église, pour qui il s'agit tout simplement d'une hérésie. 

 

 

Madeleine dans le désert (Musée J.-J. Henner)

Madeleine dans le désert, de Jean-Jacques Henner, 1874 (Jean-Pierre Dalbéra, CC BY 2.0)

 

 

En s'appuyant sur le manuscrit Joseph et Asenat, qui était conservé à la British Library, et qui a probablement été rédigé au VIe siècle, ainsi que deux lettres, les auteurs sont parvenus à se mettre à dos la communauté chrétienne, en quelques pages. Avec un tour de force fameux, les deux auteurs insistent sur un grand vide dans la vie du Christ. « Il y a un écart de 30 années dans le curriculum vitae de Jésus, depuis sa circoncision, jusqu'au début de son ministère. [Ce livre] permet de le remplir », assurent-ils. 

 

Or, les deux hommes vont plus loin, ils expliquent que la sexualité serait évoquée « comme un message sacré », et que c'est un message opposé à celui de Saint Paul, que le livre véhiculerait, évoquant « l'amour, le bonheur et la vitalité ». Des choses que l'on associe rarement au sexe dans la religion chrétienne – du moins, dans ce que l'Église en a fait. 

 

Cette bombe, déployée après six années de recherches, considère donc que le cinquième évangile vient plus que compléter les quatre canoniques reconnus par le Vatican. « Il existe des preuves, et maintenant des écritures, que Jésus était marié à Marie-Madeleine, et qu'ils ont eu des enfants ensemble », garantissent les auteurs. Pour l'avoir également envisagé, le Grec Nikos Kazantzakis, dans La dernière tentation du Christ, avait été menacé des pires sévices.

 

En 2012, le sujet était revenu, alors qu'un enseignant de Harvard assurait avoir découvert un fragment de papyrus copte, datant du IVe siècle, unique texte antique évoquant Jesus, et sa conjointe. On pouvait (croire) y lire, « Jésus leur a dit, ma femme », et voilà que le monde s'embrasait.

 

Hier, les deux hommes répondaient, à l'occasion d'une conférence de presse donnée à la British Library, sur cet Évangile caché, mais d'ores et déjà, leurs conclusions sont contestées, pour ne pas dire raillées. C'est que Simcha Jacobovici est connu dans le milieu archéologique pour des trouvailles amusantes : il avait mis la main sur la tombe originale de Jesus et de sa famille, dans le quartier de Talpiot, à Jérusalem, mais également sur les clous qui avaient servi à la crucifixion.

 

Le genre de révélation que l'on attend plutôt dans un roman de Dan Brown, considérait la communauté scientifique, pour une fois d'accord avec la communauté religieuse. 

 

Rappelons à ce titre que le Da Vinci Code s'attaquait au fondement même de la chrétienté en évoquant une liaison entre Jesus Christ et Marie Madeleine. Ce qui évidemment ne pouvait pas laisser indifférent, chez les gardiens du temple. De même, José Saramago, écrivain portugais, prix Nobel de littérature en 1998 avait fait scandale, en 1992, avec un livre intitulé L'évangile selon Jésus-Christ. Il mettait en lumière un Jésus ayant perdu sa virginité avec Marie-Madeleine, et manipulé par un Dieu avide de domination.

 

Le document qu'ils ont exhumé, et qui date de plus de 1450 ans, est d'ailleurs vivement contesté par l'Église. Barrie Wilson dénonce pour sa part « le protectionnisme religieux », qui tente de barrer le chemin à tout progrès en la matière. Simcha ajoute que le manuscrit du VIe siècle serait la copie d'un plus ancien, rédigé au Ier siècle, et donc potentiellement tout aussi crédible que les évangiles canoniques. 

 

Ainsi, Jésus et Marie-Madeleine auraient été mariés par le pharaon d'Égypte – mais aucun des deux n'est appelé par son prénom, puisque le texte parle de Joseph et Aseneth. Sauf que Joseph est présenté comme « le premier-né de Dieu » et que Marie-M. sera « appelée La fille de Dieu le Très-Haut, et l'épouse de Joseph, maintenant et pour toujours ». Troublant ? Assez pour écrire un livre... D'autant que la suite du texte leur prête deux enfants, Manassé et Ephraim, « nés dans la maison de Joseph ». Difficile d'être plus explicite.

 

Ce qui attise la curiosité, c'est que le texte est déchiré alors qu'il s'apprête à faire les plus intéressantes révélations. Théorie du complot, évidemment.

 

Pour mémoire, au début du XIIIe siècle, les habitants de la ville de Béziers furent châtiés sévèrement, et brûlés pour beaucoup, parce qu'ils avaient eu l'audace d'affirmer que Marie-M. et Jésus étaient amants. Les traditions se perdent...