Jésus le révolutionnaire et Christ le manipulateur

Clément Solym - 05.04.2010

Edition - Société - Pullman - eveque - Canterbury


Quand il ne reçoit pas des lettres de menace émanant des grands défenseurs de l'interdiction de penser librement et d'écrire sur le Christ ce que l'on souhaite, Philip Pullman reçoit également des encouragements, et pas des moindres.

Car il y eut bien des menaces pas même voilées : « Les auteurs de ces lettres disent en substance que je suis un méchant homme qui mérite d'être puni en enfer. Heureusement qu'il n'est pas en leur pouvoir de faire quelque chose pour m'envoyer là-bas », expliquait le romancier, qui s'était déjà attiré les foudres du Vatican avec La Boussoole d'or...

Mais noyées dans la masse de courrier, on retiendra surtout les paroles de l'évêque de Canterbury, Rowan Williams, qui au sujet du dernier livre de Philip, en dégage « une réelle puissance émotionnelle », tout en se félicitant que Jésus, vu à travers le prisme Pullman, accède à « une authentique voix d'autorité spirituelle ».

Pourtant, le livre n'est pas vraiment des plus conciliants avec la doctrine chrétienne : The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ imagine qu'en fait, Marie a donné la vie à deux fils, des jumeaux. L'un est Jésus, inspiré, doté d'un franc-parler, plutôt révolutionnaire. L'autre, c'est Christ, anxieux et manipulateur.

Et bien évidemment, tout le reste n'est que de la superstition, et de l'affabulation.

Pourtant, l'évêque ne tarit pas d'éloges à son sujet, rapporte le Guardian, estimant que Pullman est à son meilleur niveau avec ce texte. Selon Rowan, le romancier « crée un écho aux autres paraboles de l'Évangile, dans leur vision la plus essentielle - tout en inversant les attentes morales, dans les circonstances du Royaume des cieux ». Cela dit, les Évangiles restent plus ingénieux que le texte de Pullman, assez taquin et ambitieux.

N'oublions cependant pas que le texte de Pullman est en grande partie inspiré des propos tenus par l'évêque.