"Les livres, un champ illimité pour comprendre la vie", assure le président italien

Nicolas Gary - 10.08.2015

Edition - International


Élu en février dernier, le président de la République italien a succédé, à 73 ans, à Giorgio Napolitano, pour sept années. Gardien de la Constitution, le président incarne avant tout un rôle honorifique. Il n’en incarne pas moins une figure respectée dans le monde politique italien, et ses interventions ont toujours un grand retentissement. Alors quand on l’entend parler de Dostoïevski, le pays écoute.

 

Celebrazione del 70° anniversario Liberazione

Camera dei deputati, CC BY ND 2.0

 

 

Sergio Mattarella avait décidé que sa priorité serait la lutte contre la corruption et le crime organisé. Mais la lecture, en Italie, devient un enjeu majeur – et sensibiliser les jeunes une priorité sociale tout aussi primordiale. 

 

Dans une étude de l’Istat, portant sur l’année 2014, on apprenait que 60 % des Italiens n’avaient pas lu un seul ouvrage, et les statistiques sont en diminution constante. Chez les Italiens qui ont au moins 6 ans, ils sont désormais 41,1 % à avoir lu un livre en 2014, contre 43 % en 2013. Presque deux points de perdus, et des données qui s’approchent dangereusement des 60 % de la population qui rejette les livres.

 

« Près de 60 % des Italiens ne lisent pas même un livre par an. Ce qui signifie que nous avons face à nous un public de personnes qu’il faut convaincre que la lecture n’est pas quelque chose de difficile, comme la plupart le croient. La lecture est importante, amusante, utile. Elle doit être cultivée avec passion », s’emballait Marco Polillo, président de l’Associazione Italiana Editori, en février dernier. 

 

La vie n'est pas dans les livres, mais ils aident à vivre

 

Le président italien lui emboîte donc le pas, dans un long plaidoyer pour encourager les enfants à lire, et leur parler des valeurs de la lecture. « Je pourrais répéter, avec un grand respect pour les choix de chacun, ce que je dis à mes nièces, adolescentes : les livres sont un champ illimité pour comprendre la vie et la parcourir. Commencez avec Dostoïevski, chers jeunes gens. »

 

Et voici qu’il déroule une liste d’ouvrages, et d’auteurs, à même d’expliquer le monde. Cette liste, ce sont les ouvrages qu’il affirme avoir pris avec lui dans sa maison de Palerme : fiction, histoire, non fiction, plusieurs genres, pour explorer la littérature. Même la poésie, depuis Ungaretti à la Divine comédie.

 

Il évoque ainsi le livre de Jacques Maritain, de 1936, Humanisme intégral, qui a exercé une forte influence « sur le respect du sens de la vie et de ma responsabilité personnelle ». Il assure que, durant son jeune âge, il a beaucoup lu : « De Fiodor Dostoïevski à Alexandre Soljenitsyne, de William Somerset Maugham à Paul Claudel, de Thomas Eliot à Ignazio Silone, de Benedetto Croce à Romano Guardini, des livres d’histoire de Winston Churchill et de Luigi Salvatorelli à tant d’autres. »

 

Certains auteurs sont également portés au pinacle, comme Johan Huizinga, historien néerlandais : « C’est une contribution majeure à la civilisation européenne, même s’il date de presque un siècle, son analyse et les alertes qu’il contient sont toujours d’actualité. »

 

De nombreux conseils, la littérature est vaste, mais avec quelques restrictions tout de même : « À l’exception de la poésie élisabéthaine et les livres d’espionnage, tous les genres m’ont intéressé, et je les ai tous pratiqués. »

 

(via Corriere della sera)


Pour approfondir

Editeur : Editions du Ceref
Genre : christianisme et...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782204078702

Humanisme Integral

de Jacques Maritain

Il est des livres inséparables de leur temps et qui en même temps le marquent. C'est le cas de celui que Jacques Maritain publie en 1936, année de la Guerre civile en Espagne, du Front populaire en France et de la montée irrésistible des régimes totalitaires en Europe. « Humanisme intégral » plaide pour une « nouvelle chrétienté », une « chrétienté profane » qui, dix ans après la condamnation de l'idéologie nationaliste de l'Action française, s'oppose à la sacralisation de la politique, qui fut le mal du siècle. Lu et interprété diversement, souvent incompris, mais aussi bien reçu par toute une génération de catholiques, bien au-delà de la France, cet essai frappe l'historien du XXe siècle par sa clairvoyance. Il est ici présenté avec clarté et compétence, nous permettant de comprendre ce qui est rarement souligné combien il a préparé la pensée de Vatican II sur les rapports de l'Église, des chrétiens et du monde.

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