JK Rowling et la confidentialité ou comment castrer les éditeurs

Clément Solym - 25.09.2012

Edition - International - JK Rowling - casual vacancy - non divulgation


Aujourd'hui, JK Rowling vaut un milliard de dollars. Jeudi, elle publiera son dernier roman, Une place à prendre (The Casual Vacancy) aux Editions Grasset. Un nouveau chapitre, loin d'Harry Potter, va commencer. Pourtant, à l'opposé de de la magie et de l'émerveillement, la clause de non-divulgation qui tourne autour de ce roman noircie l'image si féérique de l'auteur, en même temps qu'elle dénonce une pratique éditoriale douteuse.

 

 

The Independent note même l'arrivée de The Casual Vacancy comme « remarquable », en ce qu'elle montre « ce qu'a d'impitoyable l'édition », avec sa volonté « d'intimidation ». Et de pointer une pratique finalement assez courante dans l'édition britannique : la clause de non-divulgation, interdisant de parler du livre (et parfois même du titre), et stipulant également que l'existence même de cet accord ne peut être mentionné. « Une sorte de superinjonction éditoriale », note le journal.

 

Tout ceci, car l'une des directrices littéraires de The Independent, Katy Guest, a été invitée à signer un accord de non-divulgation dans le cadre d'une critique, avant que lui soit « remis en main propre » une copie du livre. Voilà en effet une belle manière de créer de l'attente sur un ouvrage (déjà très attendu, généralement), en incitant les gens à l'acheter, d'une manière non totalement honnête. Suivant une mécanique bien huilée, les éditeurs gèrent ainsi la divulgation médiatique de chaque détail du roman, un par un, du titre à la conception de la couverture.

 

Dans la même veine, on retrouve la clause intervenue sur Joseph Anton, A Memoir, ouvrage de Salman Rushdie, où Random House se réservait le droit de facturer 200 000 euros tous ceux qu'ils soupçonnaient de fuite. Alors qu'on punissait aussi les fans d'Harry Potter de mentionner le nom du héros dans les adresses des sites web.

 

 A cette indigne castration des éditeurs littéraires, favorisant les promotions commerciales sous le joug du mystère (on se gardera bien des critiques), on ne doit pas associer la propriété intellectuelle des artistes.

 

Aux lecteurs de faire confiance à leur intuition, si facilement biaisée par les propos publicitaires. Et déjà 2 millions de commandes ont été passées dans le monde pour The Casual Vacancy.