Joann Sfar accusé de diffamation : “Ce procès est une honte”

Nicolas Gary - 26.05.2020

Edition - Justice - Joann Sfar procès - diffamation SGDL procès - auteurs défense SGDL


Il fallait s’y attendre, et bien qu’il lui ait été manifestement recommandé de se taire, Joann Sfar n’a pas hésité. Accusé de diffamation par la Société des gens de lettres, l’auteur a choisi de parler. « Peut-être est-ce l’objectif de cette plainte, d’ailleurs, qu’on se taise. »

Joann Sfar - Le Livre sur la Place
 

Mea culpa ? Ce serait mal connaître le franc-parler de Sfar. « J’ai eu tort de dire que cette institution représentait bien mal les auteurs », explique-t-il, avant de détailler les faits d’armes de l’association. 
 

C’est vrai, on n’a pas entendu parler d’eux lorsque nous nous battions pour que le rapport Racine ne soit pas enterré. Ils ont été également très discrets lors du scandale de l’Agessa, lorsqu’on a découvert que notre organisme de sécurité sociale avait « oublié » une partie des cotisations de 190 000 artistes auteurs, les amputant de leurs droits à la retraite.



Il fallait donc attendre que la population des artistes auteurs soit « exsangue d’années de crise et de plusieurs mois d’épidémie [pour qu’]ils se réveillent ».

Et de poursuivre : la SGDL ne réagit pas pour déplorer la gestion de la crise par l’État ni demander des mesures fortes et « adaptées et sans rupture d’égalité ». De fait, l’association a décidé de porter plainte et de lui intenter un procès en diffamation.
 

Je devrais donc la remercier et je comprends enfin la fonction de cet organisme : il sert à remettre les auteurs dans le droit chemin si par hasard il leur arrive d’être catastrophés, et par la situation sociale de leur profession, et par la façon paternaliste dont des associations font semblant de les défendre.



S’il admet être « vague, imprécis, et que mes propos appellent au débat », reste que « ce procès est une honte ». 
 

Pour dire le fond de ma pensée, je ne peux pas croire un instant que les 24 membres du conseil d’administration de la SGDL soutiennent cette démarche. Parmi eux des auteurs, des éditeurs et divers acteurs de la filière livre. Je ne peux pas croire qu’ils valident cette attitude honteuse à mes yeux. Pas plus que je ne peux imaginer les adhérents de la SGDL favorables au fait que leurs cotisations servent à attaquer un auteur en justice parce qu’il ose critiquer la situation actuelle.



Sfar ne sera alors pas même déçu d’apprendre que Pierre Jourde, membre du comité de la SGDL, vient de dégainer un papier de colère. « Je dois vous dire qu’en entendant ça, chers lecteurs, j’ai bondi sur ma chaise. M. Sfar accuse en fait la SGDL de détournement de fonds publics. Accusation très grave. Il se trouve qu’elle est totalement mensongère, par conséquent dégueulasse. » Sauf qu’à aucun moment Sfar ne parle d’argent public, et ainsi que nous l’expliquions, c’est bien la SGDL qui a créé cette confusion. Seule.

Alors l’auteur reprend : ces critiques découlent avant tout de ce que « nous voyons au quotidien des collègues qui n’y arrivent plus, de tous âges. Nous voyons un système se refermer comme un nœud coulant autour de nos confrères. Et depuis des années chacune de nos initiatives auprès des pouvoirs publics finit réduite à néant ».

La triste et dernière manifestation de ces faits est incarnée par le Rapport Racine, dont l’auteur lui-même a modérément savouré la mise en application proposée par le ministre de la Culture. 

Or, en période faste, les problèmes de représentativité des auteurs, « tout le monde s’en foutait. Aujourd’hui que les auteurs ont besoin d’aide, je crois nécessaire de réfléchir aux raisons pour lesquelles aucun des relais qui devraient les aider ne fonctionne. »

Et de revendiquer une liberté de critique libre, totale, ouverte, contre les actions menées « et même leur existence si ça nous chante ». 
 

“J't'emmerde", MC Jean Gab'1


Les 24 membres du comité de la SGDL, dont l’accord doit être obtenu avant d’intenter toute action en justice, en vertu des statuts mêmes de l’association, accepteront-ils « que leur nom serve à cette procédure honteuse », interroge Sfar ?

Il conclut : « Chère SGDL, je vais relire Balzac. J’aimerais bien déchirer ma carte de membre, mais je n’en fais pas partie. Tu ne me représentes pas. Et si tu persistes à vouloir attaquer ceux qui osent parler, prépare-toi à demander à l’état davantage de fonds, car on risque d’être nombreux. »  

Un texte qui fait passablement écho à celui de MC Jean Gab'1, en 2003. « Certains m’appellent le nettoyeur, mais j’opterais pour le fossoyeur, car j’aime remuer la merde, J’ai collé mes frolos avant de rentrer dans ce biz - go, alors pas besoin de poto, j’t’emmerde, j’t’emmerde, et j’t’emmerde… »


 

crédit photo ActuaLitté, CC BY SA 2.0



Commentaires
Pas très classe, la référence à MC Jean Gab'1. On a l'impression que le débat descend d'un étage (au sous-sol ?). C'est bien la pop culture, mais sur un site dédié à l'actualité du livre, quelques citations tirées de livres seraient les bienvenues… si vous en connaissez ? Alors, puisqu'on parle de Balzac, je vous propose l'une des siennes : « Voilà comment la récompense due au talent est dévolue à la nullité ».
Grande passe d'armes à ce sujet (décidément explosif !) entre Pierre Jourde et Sfar sur le site de «L'Obs» !

On compte les points en bons voyeurs !

Comme le chantait un génial chanteur devenu écrivain (une autre référence,plus musicale) GUY MARCHAND: «Frappe Au Foie» (1968) !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Bouh... Ce procès (qui n'aura jamais lieu) n'est pas plus honteux que le film "Gainsbourg (vie héroïque)" mal réalisé par Sfar ou que l'affreux "Petit Prince" mal dessiné par Sfar ou que n'importe quel ennuyeux roman mal écrit par Sfar...
Quel vrai fan !
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