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Joann Sfar contre la France insoumise : des méthodes “dégueulasses”

Antoine Oury - 21.04.2017

Edition - Société - Joann Sfar Mélenchon - Joann Sfar France insoumise - Joann Sfar insoumis


Le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a reçu de nombreux soutiens ces derniers jours : 130 économistes ont appuyé son programme économique, des célébrités américaines, dont Noam Chomsky, sa candidature, tandis que d'autres artistes, en France cette fois, signent une tribune dans L'Humanité pour appeler à soutenir Mélenchon dans les urnes. Mais l'auteur de bande dessinée Joann Sfar, lui, s'est heurté à la riposte de la France insoumise après plusieurs dessins et textes qui critiquaient le candidat et ses propositions...

 
Joann Sfar - Le Livre sur la Place
Joann Sfar (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Dans L'Humanité de ce 21 avril, plusieurs artistes, « femmes et hommes, écrivains, cinéastes, artistes, intellectuels », signent un texte collectif pour manifester leur soutien à Jean-Luc Mélenchon, sous le titre « Avec le vote Mélenchon, les chemins de l’engagement collectif à gauche ». Le nom de Joann Sfar ne risque pas de s'y retrouver : interpellé par de nombreux militants de la France insoumise après la publication de dessins et de textes critiques vis-à-vis de leur candidat, l'auteur a publié une tribune dans Le Monde pour dénoncer des méthodes « dégueulasses ».

Joann Sfar, s'il n'est pas dessinateur de presse, s'exprime très régulièrement sur la politique et la société française à travers ses comptes personnels sur les réseaux sociaux, en particulier Instagram. Après le meeting du 9 avril dernier à Marseille de Jean-Luc Mélenchon, l'auteur avait publié quelques dessins, dont une caricature de Jean-Luc Mélenchon déclarant : « En ce qui concerne les relations avec la Russie et la Syrie, je vais continuer à aligner mes positions sur celles du Front national. »
 



Il n'aura pas fallu longtemps aux militants de la France insoumise pour repérer le post de Joann Sfar, sur Instagram, où l'auteur cumule 68.000 abonnés, mais aussi sur Facebook. Dès lors, la machine se met en marche : des dizaines de messages parviennent à l'auteur pour l'exhorter à mieux lire le programme de Jean-Luc Mélenchon, ou à se renseigner plus avant sur sa politique. « J’ai vu débarquer sur Facebook, Instagram et Twitter des centaines de pseudos dont je n’avais jamais entendu parler et qui venaient me “désintoxiquer” », rapporte Joann Sfar dans sa tribune.

En effet, comme l'explique la vidéo de Médiapart ci-dessous, une partie de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et son efficacité, tient à l'action de militants bénévoles très engagés sur le web, qui travaille à partir d'un QG basé sur la plateforme de discussion et d'échange Discord. Ces militants, qui ne reçoivent pas d'ordres de la France insoumise selon Mélenchon lui-même, agissent en totale indépendance pour défendre les idées du candidat.




Joann Sfar, d'après son récit, en a fait les frais : il récuse le terme de « fact checking » pour exposer les différents messages qui lui ont été envoyés. Des messages postés sur son compte il y a des années ont été exhumés, des articles et des argumentaires sur l'Alliance bolivarienne (que le dessinateur critiquait) ont été postés sur ses pages, ainsi que d'autres commentaires sur ses prises de position.
 



« Depuis le déclenchement de cette histoire, je reçois des centaines de messages de personnes qui n’ont pas ma célébrité et qui disent avoir été blessées par ce type d’attaque. On me dit qu’aucune de ces méthodes n’est illégale, c’est possible. Mais je les trouve dégueulasses. Et aucun des autres candidats ne les utilise avec cette intensité » déplore Joann Sfar, qui indique qu'il avait l'intention de voter Mélenchon au premier tour, malgré les critiques qu'il adressait au candidat.
 



Bilan de cette histoire : une voix en moins pour le candidat de la France insoumise, peut-être, mais Sfar va plus loin, en expliquant que ce genre d'action groupée favorise l'autocensure. « Même s’ils ne le diront jamais publiquement, je sais que la plupart des dessinateurs politiques y réfléchissent à deux fois avant de dire un seul mot sur Mélenchon », s'inquiète le dessinateur, qui indique par ailleurs avoir reçu des réflexions antisémites (« à s’acharner pendant trois jours sur la page personnelle d’un auteur, on finit par attirer de vrais désaxés »).
 



Jean-Luc Mélenchon n'a pas réagi à la tribune de Joann Sfar et, étant donnée que la campagne cesse officiellement ce soir, ne risque pas de le faire.