Joëlle Losfeld et Catherine Millet défendent la “liberté d'importuner” des hommes

Antoine Oury - 09.01.2018

Edition - Société - Joëlle Losfeld - Catherine Millet - liberté d'importuner


La libération de la parole de femmes travaillant dans l'industrie cinématographique, actrices ou non, a lancé des débats, dans le monde entier, sur la manière dont la société pouvait inciter des femmes agressées à se taire, ou encore favoriser l'impunité pour leur agresseur. Un collectif de femmes, dont Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, Catherine Millet et l'éditrice Joëlle Losfeld, a publié une tribune dans Le Monde pour défendre la « liberté d'importuner » des hommes, estimant que celle-ci est indispensable à la liberté sexuelle.


International Women's Day
(Giulia Forsythe, CC BY 2.0)


« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » : c'est sous ce titre qu'un collectif de 100 femmes publie une tribune dans le journal Le Monde (accès abonnés). Parmi les signataires, on retrouve Catherine Deneuve, l'éditrice Joëlle Losfeld et les auteures Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet, rapporte l'AFP.

On retrouve aussi parmi les signataires Sarah Chiche, écrivaine, psychologue et psychanalyste, Peggy Sastre, auteure, journaliste et traductrice, Abnousse Sahlmani, écrivaine et journaliste, ainsi que Stéphanie Blake, auteure pour enfants, Cécile Guilbert, écrivaine, Nathalie Léger, écrivaine et présidente de l'Institut mémoires de l'édition contemporaine et Marie Sellier, présidente de la Société des Gens De Lettres (SGDL).

La tribune commence par une phrase de mise au point, pour lever toute ambiguïté : « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. » Mais la suite du texte ne fait aucun doute : les signataires critiquent ici l'ouverture de la parole qui a eu lieu à la suite de l'affaire Weinstein, qui a vu plusieurs actrices accuser le producteur Harvey Weinstein d'agressions et de harcèlement sexuel.
 

Harcèlement, agression... Dans l'édition aussi,
#BalanceTonPorc


« [C]ette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices », assure la tribune, qui fait rapidement le lien avec une réduction des libertés féminines, à l'inverse de ce que prétend les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux.

« Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie », indiquent les signataires.
 

Le dramaturge Israël Horovitz accusé de harcèlement
et d'agressions sexuelles


Le mot est lâché : comme d'autres détracteurs de ces mouvements qui ont eu lieu sur les réseaux sociaux, la tribune évoque « une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus » qui a eu pour effet de voir des hommes démis de leur fonction « d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque ».
 

Mise à jour 10/01, 9h :

 

La militante féministe Caroline De Haas et trente autres femmes ont signé une tribune en réponse à celle publiée dans Le Monde, cette fois-ci diffusée par France Info. « Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols », rappellent les auteures de cette tribune.

 

« Beaucoup d’entre elles sont souvent promptes à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires. Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du "droit d’importuner" », indiquent-elles plus loin.
 

Mise à jour 10/01, 15h :


La Secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a réagi à la publication de la tribune dans Le Monde :
 


 


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