Jonathan Franzen : “Amazon, c'est bon pour livrer des couches jetables”

Nicolas Gary - 02.09.2016

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Invité de luxe de cette première édition du Forum Fnac livres, Jonathan Franzen n’a pas manqué de se faire remarquer. L’écrivain américain, encensé par le journaliste Christophe Ono-dit-Bio, venait remettre le prix du roman Fnac au lauréat, Gaël Faye. Quelques minutes de discours, où Donald Trump, les libraires, Amazon et l'Europe sont passés en revue. Ou comment le romancier s’en est donné à cœur joie.

 

Jonathan Franzen

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La mise en bouche était attendue : Amazon. Franzen nous y a habitués, et tout ce qui ressemble de près ou de loin à internet, de toute manière, se fait fustiger allégrement. Après les remerciements de rigueur, il se lance : venir pour Fnac, ou son éditeur, Olivier Cohen, d’accord, mais « je ne serai pas venu pour Amazon ». (salve d’applaudissements)

 

« Amazon n’est pas une grande force positive pour le monde. C’est peut-être un bon moyen pour livrer des couches-culottes jetables à votre porte. Mais je ne crois pas que même son cœur d’activité avec les livres [...] soit positif, avec une multinationale en position de monopole, qui met à mal le commerce du livre et celui de l’édition de livres — chose qui semble être la nouvelle ambition d’Amazon. »

 

Et de se réjouir qu’il soit possible d’avoir des enseignes, comme Barnes & Noble, aux États-Unis, ou Fnac en France, qui sont des acteurs importants de la vente de livres. Franzen souligne combien il apprécie l’implantation nationale de l’entreprise, qui garantit à chacun sur le territoire d’être fourni en livre. « Basiquement, les gars, j’aime ce que vous faites. J’espère que vous allez pouvoir continuer à faire ce travail », assure-t-il, s’adressant directement à Alexandre Bompard.

 

Il poursuivra également sur la fameuse pétition contre Donald Trump, qu’il avait refusé de signer – et que 600 auteurs avaient en revanche accompagné. « Parce que nous croyons que les connaissances, l’expérience, la souplesse et la conscience historique sont indispensables à un chef de file [...] nous, les soussignés, comme dans une question de conscience, nous opposons, sans équivoque, à la candidature de Donald J. Trump pour la présidence des États-Unis », pouvait-on y lire.

 

Mais Franzen a une autre idée : peu importe qu’on l’ait critiqué sur la toile pour n’avoir pas apporté sa signature à ce document. Alors ce n’étaient pas 400 écrivains, comme il le dit, mais bien 600. « Peu importe que leur texte ait été mal écrit, ou qu’il soit un peu gênant de signer une lettre mal rédigée, ou même que le ton général relevait de l’autocongratulation, ce qui serait remarquable, ce serait qu’aux États-Unis, quelqu’un soit frappé par le fait que 400 écrivains signent ce genre de déclaration. »

 

Mais la pique de Jonathan Franzen n’était pas gratuite. Lui-même est heureux de revenir à Paris et savoure sa présence en Europe, parce qu’elle lui rappelle « ce que pourrait être un pays dans lequel, parfois, les gens écoutent vraiment ce que les écrivains ont à dire ».

 

 

 

Le prix du roman Fnac attribué à Gaël Faye, pour Petit Pays