Jonathan Franzen fustige Internet, Google, Twitter, Apple, Rushdie

Clément Solym - 16.09.2013

Edition - International - Jonathan Franzen - technologie contemporaine - ordinateurs


Le romancier Jonathan Franzen n'a jamais caché une certaine antipathie vis-à-vis d'internet. Il a dernièrement publié un nouvel essai, The Kraus Project: Essays by Karl Kraus, remontant la vie du satiriste et pamphlétaire autrichien. Parmi les chevaux de bataille de cet écrivain, décédé en 1936, la pert du sens des mots, et la destruction de la langue, dont il tenait les médias pour responsables. Étrange écho... 

 

 

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Tulan Public Relations, CC BY 2.0

 

 

Ah, internet, ce maudit outil... Et la technologie informatique, qui gangrène notre société. Tout cela contribue aux nuisances de notre monde contemporain, « saturé par les médias, rendu fou pour la technologie », promet Franzen. Et de dégainer à tout va contre Jeff Bezos, et l'expansion de son empire Amazon, ou encore Salman Rushdie et son maudit compte Twitter. Même volée de bois vert contre ces gens qui possèdent un MacBook Air, et se pensent cool... 

 

Dans un long article du Guardian, sont passées en revue les critiques acerbes de Franzen contre notre modernité. D'ailleurs, le romancier l'affirme : lui travaille sur un portable Lenovo, un PC, qui a des défauts, mais le tient éloigné des produits séduisants d'Apple, qui sont autant d'outils qui empêchent de penser. Quant aux publicités qui mettaient en balance PC et Mac, elles lui sortaient par les yeux à l'époque : qu'est-ce que ça peut avoir de cool d'avoir un Mac ? 

 

 

 

 

De même, Google est matraqué : les gens ne se passent plus du moteur de recherche pour tout et rien, plutôt que d'essayer de se souvenir, et de faire un effort de mémoire. « Il est difficile de passer un repas avec des amis, sans que quelqu'un prenne son iPhone pour n'importe quoi, et n'utilisent plus les capacités de leur cerveau pour s'en rappeler. »

 

Évidemment, notre société a toujours eu une manière d'externaliser sa mémoire, mais, enfant des années 60, Franzen n'est pas dupe : il y a une sacrée différence entre laisser à sa conjointe le soin de se rappeler des dates de naissance des nièces et cousines, et utiliser Facebook pour ce faire...

 

Twitter n'est pas non plus épargné, et Salman Rushdie devient le bouc émissaire du réseau de micro-blogging. Franzen déplore que son compatriote, homme pourtant sérieux et raisonnable, puisse succomber à un outil aussi vain. Mais on ne communique pas sur Twitter, aucun échange profond ne peut avoir lieu - ce domaine-là appartient au monde imprimé, au calme et au silence de la lecture, avec des livres confectionnés avec amour par des écrivains.

 

Et Amazon ! Parlons-en d'Amazon :  « Amazon veut faire unn monde dans lequel les livres sont soit autoédités, soit publiés par Amazon lui-même, avec des lecteurs critiques qui dépendent d'Amazon dans le choix des livres et des auteurs qui prennent en charge leur propre promotion. » Et l'on voit arriver un monde où des gens sont payés pour mettre des 5 étoiles sur tous les livres. 

 

Franzen, rappelle-t-il, est né à une époque où les gens ne regardaient la télévision que pour le Prime Time, écrivaient encore des lettres. Et aujourd'hui, il se sent manifestement bien seul.