Joseph E. Stiglitz : Mettre fin au monopole dans la recherche

Antoine Oury - 12.11.2014

Edition - Economie - Joseph E. Stiglitz économiste - économie édition - recherche universitaire


L'ancien économiste en chef de la Banque mondiale, virulent critique de cette dernière et du FMI, Joseph Eugene Stiglitz, a depuis son départ en 2000 fait son trou en tant que valeur sûre de l'édition. Petit paradoxe : s'il a fait le bonheur des éditeurs traditionnels avec La grande désillusion ou Le triomphe de la cupidité, il vient de critiquer avec virulence le monopole des éditeurs de revues académiques, en appelant la mise en place d'un autre modèle.

 


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Joseph E. Stiglitz à l'Université de Colombia (Abhisit Vejjajiva, CC BY 2.0)

 

 

Le nom de Stiglitz, après un Nobel d'Économie obtenu en 2001, est devenu un laissez-passer en matière de publication, y compris dans des revues académiques. Pour autant, l'économiste n'oublie pas les difficultés des chercheurs pour publier et valoriser leurs travaux, dans le contexte actuel. Au cours d'une conférence à Budapest, il a appelé à une réforme du système de publication des recherches, pour le bien commun.

 

L'auteur a récemment publié Creating a Learning Society: A New Approach to Growth, Development, and Social Progress, avec Bruce C. Greenwald, et le sujet l'intéresse fortement. « Les éditeurs privés de revues académiques n'apportent qu'une faible valeur ajoutée » à ces publications, a-t-il souligné. Pourtant, une partie des bourses de recherche obtenue par les chercheurs va à ces sociétés, en échange d'une diffusion, certes, mais surtout d'un grand nom qui permettra de donner une résonnance supplémentaire à l'étude.

 

Un bénéfice de crédibilité, acheté, qui menace la pluralité, la diversité, et l'indépendance des recherches, explique-t-il. D'après lui, tout chercheur bénéficiant d'une aide publique devrait se voir imposer un plafond pour l'achat d'un espace dans une revue académique. « Si l'on suit cette méthode, elle permettrait de réduire le monopole des revues privées. Et ce serait une bonne chose, je crois », a-t-il expliqué devant son audience.

 

Penser la connaissance comme un bien commun, une rhétorique que l'économiste a pu prêcher tout au long de sa carrière : dans cette perspective, il a rappelé que la dernière extension de la durée du copyright pouvait être attribuée au lobbying des industries pharmaceutiques et du divertissement, au détriment de celles de la connaissance et du savoir.

 

Il a également appelé à la vigilance vis-à-vis des accords commerciaux transatlantique et transpacifique que les États-Unis tentent de faire signer aux autres pays du globe : ces derniers, en échange de conditions commerciales plus favorables, acceptent certaines réformes de leur législation, pour harmonisation, dont des modifications des conditions de la propriété intellectuelle.

 

(via TeleRead)




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