Journée contre Malala au Pakistan : l'intolérance des intégristes fait rage

Clément Solym - 11.11.2014

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L'intolérance – qui a dit la bêtise ? – vient de franchir un nouveau cap, alors qu'un réseau d'écoles privées au Pakistan a consacré un jour contre la jeune fille prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai. Durant ce lundi 10 novembre, les établissements ont tenu à marquer leur protestation, contre les soutiens que reçoit la jeune fille à travers le monde.

 

 

 

La Fédération des écoles privées du Pakistan a fait fort : tout d'abord, elle avait interdit l'an dernier d'acheter les mémoires de la jeune fille. Elle prétextait que ce livre contenait trop de choses contre le Pakistan et contre l'islam. En outre, l'ouvrage était trop compréhensif, à l'égard du romancier Salman Rushdie, qui a subi durant une vingtaine d'années, une fatwa lancée par l'Iran, et que, manifestement, certains regrettent

 

Tout comme Rushdie en son temps, Malala vit aujourd'hui au Royaume-Uni, pour fuir les persécutions dont elle est l'objet. En 2012, elle avait été victime d'un attentat perpétré par les talibans, alors qu'elle menait une campagne visant à permettre aux filles et femmes pakistanaises d'accéder à l'éducation. Mais pour la Fédération, Malala restera « un agent de l'Occident », qui a honte du Pakistan. 

 

Selon l'AFP, la journée scolaire montée contre Malala était constituée de tables rondes, de rencontres et de conférences, pour affirmer un dénigrement total de l'action qu'elle mène. Vue comme une marionnette occidentalisée, les forces intégristes n'ont eu de cesse que de dénigrer les paroles et son livre. « Nous condamnons sévèrement le chapitre du livre où Salman Rushdie est mentionné par Malala comme un représentant de la liberté d'expression, tout en se référant à l'opinion de son père », assure dans un communiqué Mirza Kashif Ali, président de la Fédération.

 

"De mèche" avec Rushdie et Nasreen

 

Accusée de blasphémer, Malala n'est plus en sécurité dans son pays : parce que l'on ne plaisante pas avec le blasphème. En 1994, la romancière Taslima Nasreen avait été contrainte de fuir le Bangladesh, pour avoir écrit un livre dans lequel elle raconte les persécutions opérées par les musulmans, sur une famille hindoue. Or, dans le livre de Malala, on trouve jusqu'à la description d'une flagellation, pratiquée par les talibans. 

 

La journée était intitulée I am Not Malala, en référence directe au livre, dont le titre est I Am Malala. En 2013, le précédent président de la Fédération des écoles privées, il avait été tout aussi explicite : « Tout ce qui concerne Malala devient très clair. Pour moi, elle incarne l'Occident, pas nous. » Quant aux talibans, ils s'étaient montré un brin plus excessif, en promettant la mort aux libraires pakistanais qui vendraient le livre. 

 

Et bien entendu, les conservateurs à l'origine de cette journée n'ont pas manqué d'affirmer que Malala avait des liens avec Nasreen, autant qu'avec Rushdie. Selon Mirza, elle « est de mèche », avec les deux écrivains. Et de se féliciter aujourd'hui de ce que cette journée aura connu un franc succès das le pays. Rappelons que toute forme de diffamation ou d'insulte à l'égard de l'islam, au Pakistan, peut occasionner une condamnation à la peine de mort. 

 

Dans le pays, même dans les médias, on peut trouver l'idée rampante et gluante que la jeune fille cherche « la ruine du pays ». L'associer à Rushdie et Nasreen, qui sont détestés dans le pays, reste la meilleure manière de la discréditer plus encore auprès de la population. Fort heureusement, tout le Pakistan n'est pas adoubé par les conservateurs :  

 

Le prix Nobel a été cette année partagé par Malala et Kailash Satyarthi, un Indien engagé dans la défense des droits de l'enfant.