Journée du droit d'auteur : l'UNESCO paye les fournitures, pas les auteurs

Nicolas Gary - 20.04.2018

Edition - Economie - Audrey Azoulay UNESCO - rémunération auteurs UNESCO - journée livre droit auteur


Définitivement, le mouvement #PayeTonAuteur a de tristes, mais beaux jours devant lui. Après la confrontation pour imposer au salon Livre Paris de rémunérer les auteurs, certains pensaient que la visibilité ne serait plus brandie comme une cryptomonnaie. Dommage : pour la journée du droit d’auteur, c’est l’UNESCO qui s’essuie quelque peu les pieds sur les auteurs.


Audrey Azoulay inaugure le SLPJ16
Audrey Azoulay – ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Quand la directrice générale nouvellement nommée, Audrey Azoulay, affirmait en novembre 2017 : « Nous sommes à un moment de vérité dans lequel notre responsabilité collective est engagée et alors que jamais l’UNESCO n’a été aussi nécessaire », personne n’osait croire que cette responsabilité puisse être de la sorte remise en cause.

 

Une journée internationale du livre et du droit d'auteur


La journée du 23 avril a été consacrée par l’UNESCO comme Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Un choix en hommage à Cervantes, Shakespeare et Inca Garcilaso de la Vega, tous trois morts en 1616, à cette date. Depuis 1995, la journée est ainsi ponctuée par l’UNESCO d’événements destinés à faire « découvrir le plaisir de la lecture ». 

 

Pour ce faire, et comme chaque année, l’UNESCO organise des activités (ateliers, conférences, expositions, spectacles…), et plus spécifiquement pour « sensibiliser le grand public, et en particulier les plus jeunes au monde de l’édition ». Ainsi, le siège parisien de l’UNESCO accueille des centres de loisirs, notamment, et convie des professionnels à prendre part aux réjouissances. 

 

Vous avez le droit de ne pas être payé...
 

L’an passé, l’ancienne directrice générale, Irina Brokova, soulignait que cette journée donnait « l’occasion de mettre en avant le pouvoir qu’ont les livres de promouvoir notre vision de sociétés du savoir inclusives, pluralistes, équitables, ouvertes et participatives pour tous les citoyens ».

 

Mais elle ajoutait : « On dit que l’on mesure le degré d’humanité d’une société à la manière dont elle traite les plus vulnérables de ses membres. Si nous appliquons cette maxime aux livres, et notamment à ceux qui sont disponibles pour les personnes malvoyantes ou celles souffrant de handicaps physiques ou de difficultés d’apprentissage (pour des causes différentes), force est de constater qu’il y existe dans ce domaine une “disette”. »

 

La place des auteurs en France relève incontestablement d’une situation de vulnérabilité, en regard des dossiers sociaux qui s’approchent. Et faut-il le rappeler ? Sans auteurs, pas de livres...
 

En 2018, l’édition s’est fixé pour thématique Lis-moi mes droits, profitant de l’occasion pour célébrer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Pour tout cela, l’Organisation a sollicité des auteurs, jeunesse, notamment pour l’animation « d’ateliers ludiques et pédagogiques ». Et c’est pour « l’expertise et le savoir-faire de personnes qualifiées et d’institutions de renom » que, justement, on fait appel à des auteurs.

 

Ce 23 avril, j'offre un livre à un enfant
 

Sauf que, pour une journée consacrée au livre et au droit d’auteur, l’affaire tombe à plat. Aucune rémunération n’est prévue, indique l’UNESCO aux auteurs qu'elle a sollicités. Le fonctionnement repose strictement sur la base du volontariat. Si les ateliers sont réalisés à titre gracieux, l’UNESCO propose « en échange [d']offrir une large visibilité sur notre site internet et sur les réseaux sociaux ». 
 


Une position qui provoque, on s’en doute, la colère des auteurs, qui n’ont pas manqué de prendre attache avec l’UNESCO. Leur a été rétorqué que « les tarifs de la Charte étaient élevés » et que, de toute manière, c’est « du bénévolat pour tout le monde », nous indique une auteure. Magnanime, l’UNESCO prend en charge l'achat des fournitures pour les illustrateurs, « parce qu’elles leur permettent de faire des interventions ». 

 

Mais aucun intervenant ne percevra le moindre euro, et s’ils refusent d’intervenir « libre à eux. Ils n’ont aucun problème à ce que les auteurs soient bénévoles, c’est tout de même un comble pour la Journée du droit d’auteur », déplore une illustratrice !

« Mon dentiste n’a pas été d’accord quand je lui ai proposé de parler de lui sur mon site plutôt que de le payer : c’est la même chose avec eux », indique également un illustrateur, passablement remonté. « C’est ridicule comme comportement... et même scandaleux : est-ce qu’ils considèrent que l’on a le temps, parce qu’on n’a pas un “vrai” métier ? »

 

Ironie, poussée dans ses retranchements...
 

Dans un courrier adressé à Audrey Azoulay, consulté par ActuaLitté, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse dénonce une schizophrénie manifeste. Ainsi, « les valeurs fondamentales de votre institution (respect des droits et de la dignité humaine, défense de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité, sont incompatibles avec le refus de considérer les auteurs intervenants comme des professionnels ayant droit de fait à une rémunération », peut lire Audrey Azoulay. 

 


 

À ce jour, en France, 40 % des auteurs vivent sous le seuil de pauvreté, indique également la Charte. Dans ce contexte, leur rétribution « est un acquis que ne devrait plus remplacer une offre de “visibilité”. La Charte espère que l’UNESCO sera en mesure de comprendre ces problématiques, et d’agir conformément aux valeurs humanistes qu’elle défend ». 

 

« L’ironie est cinglante, et n’a échappé à personne : bien entendu, l’UNESCO est dans son droit que de refuser de payer les auteurs, mais pour le 23 avril, le message qui passe est contradictoire. On reconnaît les compétences des auteurs, pour lesquels ils sont sollicités, mais ce doit être gracieux. Où est le droit des auteurs, dans ce cas ? », déplore une auteure.

 


 

 

 




Commentaires

Quels mots ils n'ont pas compris dans "journée mondiale du livre ET DU DROIT D'AUTEUR" ??? shut eye
De toute façon c’est une pantalonnade qui n'est pas surprenante, car la valeur d'un auteur, j'envisage ici au sens littéraire du terme, est toujours liée a une postérité laquelle s'appuie sur des prédicats souvent romancés mais bien glauques au quotidien, famine, exil, "ennuis" judiciaires, solitude, tristesse insondable, et pourquoi ne pas le dire, suicides. Quant à MME Azoulay de l'Unesco et son paradoxe je la renvoie aux prémisses des situationnistes Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. exclaim question
Si je comprends bien "L'Unesco dit c'est du benevolat" Donc, eux aussi vivent de benevolat ???? C'est le serpend qui se mord la queue....c'est vrai qu'il y a le proverbe "Vivre d'amour et d'eau fraiche" !
Le bénévolat, autre argument pour exploiter les gens ! "Soyez généreux envers ceux qui n'ont pas les moyens ! Aidez la société ! Faîtes preuve de bénévolat. On compte sur vous !" En attendant, c'est pas réciproque, il n'y a pas grand monde qui fait preuve de générosité envers nous, auteurs, graphistes indépendants ou artistes méconnus…

Sinon, moi je préfère le terme autrice à auteure, pour plusieurs raisons, la première étant que je trouve que c'est plus joli, la seconde que c'est plus respectueux des règles d'accord de la langue française, la troisième est que ça passe mieux à l'oral : phonétiquement on fait mieux la distinction entre autrice et auteur et dernière raison, c'est un terme qu'on utilisait déjà il y a quelques siècles.
Article très intéressant, juste dommage de commencer en faisant un parallèle avec la cryptomonnaie dont le sujet n'est vraisemblablement pas du tout maîtrisé ! En tant qu'auteur en préparation (je travaille sur mon premier roman pour me lancer en indépendant), je m'intéresse aussi aux cryptomonnaies et, dans le contexte présenté dans l'article, je préférerais mille fois être payé en cryptomonnaie, qui est une monnaie numérique mais réelle, et donc convertible en euros (ou autre) à tout moment, plutôt qu'en "visibilité", qui n'est que du vent quand il s'agit de rémunération !

Ce détail mis à part, merci pour cet article informatif, et tout mon soutien à #payetonauteur !!
Merci pour cet article !

Un comble pour l'UNESCO... Qui ne recrute que des bénévoles :

https://careers.unesco.org/careersection/2/joblist.ftl

A qui peut-on se fier ?

FJx
Pour mieux rémunérer les auteurs il faut profiter du "monopole" d'Amazon pour redistribuer les cartes, il est injuste que l'auteur et l’éditeur touchent moins que la librairie cu coin. Il faut doubler la partie des auteurs et éditeurs sur la PDM des librairies/amazon/FNAC.

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