Julien Columeau, figure de proue de la littérature en ourdou

Julien Helmlinger - 22.05.2014

Edition - International - Julien Columeau - Pakistan - Littérature en ourdou


Depuis le début des années 2000, le Français Julien Columeau, qui se passionne de poésie comme de langues étrangères, se serait imposé au Pakistan comme un chef de file de la nouvelle littérature en ourdou. Ayant publié depuis trois romans, on lui reconnaîtrait d'avoir apporté fraîcheur et audace sur un créneau jusqu'à lors négligé dans une contrée ou la faveur irait plutôt au mandarin et à l'arabe, voire à l'hindi.

 

 

 

 

L'écrivain est originaire de Marseille et a rejoint l'Inde en 1993 dans l'optique de se consacrer à l'hindi. Il aura finalement jugé cette langue trop bureaucratique et a finalement remisé ses billes sur un rival pakistanais, l'ourdou. Dix ans plus tard, il est arrivé au Pakistan en tant que traducteur pour la Croix-Rouge. Tombé ainsi dans la littérature ourdoue, il en a fait sa propre langue d'écriture. Une langue riche d'une tradition poétique, mais qui va périclitant.


En 2005, après le tremblement de terre qui secoua le Cachemire, le poète français publie son premier recueil de nouvelles dans cette langue locale, intitulé Zalzala, soit séisme dans la langue de Molière. Il confie : « Ma première tentation était d'utiliser un pseudonyme de façon à ne pas me retrouver dans la situation où les gens liraient mon roman simplement pour savoir comment un étranger écrit en ourdou. »

 

Mais on lui aurait demandé ce qu'il pensait avoir à cacher et conseillé de publier sous son véritable nom. Débarqué comme le Français qui écrit en ourdou, au fil d'années passées entre l'Inde et le Pakistan, il s'est inscrit dans le paysage littéraire du sous-continent et aura trouvé sa voie en s'inspirant notamment de l'oeuvre du poète Saghar Siddiqui, une plume acclamée devenue mystique vagabond.

 

Désormais, Julien Columeau pense en ourdou et encourage les gens à suivre cette voie. Se confiant sur son inspirateur et protagoniste de son premier roman en ourdou, Julien assure : « Il est extrêmement important pour moi, j'ai l'impression que je lui dois tout. Et c'est pour ça que je viens régulièrement ici pour lui rendre hommage, pour lui parler. Parfois, quand j'ai des crises d'inspiration, je viens lui parler ici et ça marche toujours. »

 

Le Français s'est également intéressé à l'écrivain Meera Ji, quant à lui inspiré de Charles Baudelaire ou encore de Stéphane Mallarmé, auquel Julien a dédié un roman éponyme. Un livre qui contrasterait d'avec les habitudes littéraires locales, par exemple en évoquant plus explicitement des rapports sexuels et la consommation excessive de drogue.

 

Une audace et un regard qui fascinent les Pakistanais 

 

À propos de l'étranger, le doyen de la littérature pakistanaise, Intizar Husain, âgé de 90 ans, souligne alors : « Même nos écrivains locaux restent dans certaines limites lorsqu'ils veulent s'exprimer franchement. Julien, lui, écrit de façon si audacieuse, que parfois, j'ai peur que ses livres soient interdits. Sa manière de s'exprimer va bien au-delà de ce que nous évoquons d'habitude, et s'inscrit dans la lignée de Manto. »

 

Son dernier recueil de nouvelles invite les lecteurs à plonger ans les conflits sociaux qui agitent le Pakistan, à renfort de protagonistes éclectiques. Il met en scène un insurgé qui devient proxénète, un imam perdu en Amazonie alors qu'il espérait y convertir l'autochtone à l'islam, ou encore un jeune baloutche immigrant dans l'Hexagone.


Comme le rapporte l'AFP, la critique littéraire pakistanaise lui reconnaît une écriture captivante, et une bonne compréhension des cultures souterraines du Pakistan, qui auraient de quoi fasciner les lecteurs locaux, selon son éditeur Amjad Saleem.