Juncker, "partenaire d'affaires" d'Amazon capable de tout résoudre

Clément Solym - 12.12.2014

Edition - Economie - fiscalité Luxembourg - Jean-Claude Juncker - Commission européenne


Le poste de Jean-Claude Junker n'est pas enviable : l'actuel président de la Commission européenne, ancien premier ministre du Luxembourg, doit répondre de vives critiques. Pour avoir promu son pays comme une terre d'asile fiscal, auprès des multinationales, il est aujourd'hui gêné dans les entournures, suite aux révélations de Bob Comfort, ancien responsable des taxes chez Amazon.

 

Jean-Claude Juncker

European People CC BY 2.0

 

 

Juncker aurait en effet farouchement courtisé le géant en ligne, présentant le Luxembourg comme un « partenaire d'affaires », en mesure de l'« aider à résoudre les problèmes » de la société. Et quelques mois après l'installation de la firme, en 2003, elle recevait un contrat confidentiel des services d'imposition luxembourgeois. Voilà deux mois, cet accord a fait l'objet d'une enquête officiellement diligentée par la Commission européenne. Dont Juncker est donc le président...

 

Les révélations font l'effet d'une bombe : Comfort a endossé le rôle de consultant spécifique de Seattle pour la région européenne, et s'est alors installé une relation durable avec le Grand Duché. 

 

À ce jour, Amazon EU SARL dispose de nombreux clients dans l'Europe, et le siège social situé au Luxembourg permet d'opérer des économies substantielles. Avec 13,6 milliards € de chiffre d'affaires en 2013, contre 111,9 milliards € en 2012, la santé de l'entreprise est excellente, mais ses bénéfices imposables dérisoires. Simplement parce qu'en vertu des accords passés avec le pays, l'imposition n'est pas tout à fait identique aux autres sociétés. 

 

Selon Robert Comfort, la question de la fiscalité a été particulièrement bien traitée par Amazon. « À mon arrivée à Seattle, Amazon comptait trois experts-fiscalistes. La firme avait déjà une certaine taille et il était clair qu'elle avait besoin de plus de puissance de feu. Lorsque j'ai pris ma retraite en 2011, le département fiscal employait presque cent personnes à travers le monde. Et, depuis, leur nombre a encore doublé. »

 

Bien entendu, Juncker avait déjà nié, le mois dernier, les charges que font de nouveau peser ces déclarations. « Je ne suis pas l'architecte du modèle luxembourgeois, parce que ce modèle n'existe pas. » Et d'assurer que le gouvernement ne faisait que jouer le jeu de la concurrence pour attirer les investissements étrangers, au même titre que les autres pays, membres de la zone euro, ou non. 

 

Pourtant, Comfort est formel : la décision de s'implanter en Europe, en privilégiant le Luxembourg, « a été prise au plus haut niveau de la société. La fiscalité a joué un rôle important, mais ce n'était pas le facteur déterminant ». Probablement pour le climat dans ce cas.

 

(via Lëtzebuerger Land)